
Un trou noir budgétaire au cœur de la République. En pleine guerre dans la partie Est, 4,5 % des ressources publiques échappent aujourd’hui au contrôle de l’État. L’aveu, cinglant, est signé Doudou Fwamba Likunde Libotayi, Ministre des Finances.
Mercredi, à Kinshasa, l’Argentier national n’a pas mâché ses mots :
« Ces fonds sont captés par le Rwanda et ses supplétifs du M23-AFC. »
C’est une guerre à plusieurs visages que dépeint le ministre : militaire, évidemment, mais aussi financière. Dans les territoires sous occupation, une économie parallèle s’installe, siphonnant recettes, taxes et devises.
Dernier épisode de cette stratégie d’usurpation : la prétendue relance de la Caisse d’Épargne du Congo (CADECO) par les autorités rebelles. Présentée comme une « autorité de régulation du secteur économique et financier », cette structure fait désormais office de banque centrale autoproclamée dans les zones tenues par le M23.
Doudou Fwamba, visiblement ulcéré, dénonce une « arnaque ».
« À nos populations de Goma, on dit : venez déposer, mais il n’y a pas de retraits. C’est une escroquerie organisée pour capter leurs épargnes et financer des crimes, des massacres », alerte-t-il, appelant les habitants à ne pas tomber dans le piège.

À la place, le gouvernement encourage l’usage du mobile money, seule alternative viable pour protéger les ressources des civils.
« Nous avons aussi alerté nos partenaires internationaux sur les risques liés à la circulation monétaire dans les zones occupées », poursuit l’Argentier National.
Dans ce chaos, l’État continue malgré tout de jouer son rôle :
« Chaque mois, nous assurons le paiement des salaires dans l’Est. Des opérations bancaires sont maintenues à Beni et Uvira. »
Un signal politique autant qu’un acte de résistance face à une tentative de fragmentation économique du pays.
La guerre en RDC ne se joue pas seulement à la kalachnikov. Elle s’écrit aussi en chiffres, en billets, en comptes gelés et en retraits impossibles. Dans la partie Est, l’État se bat pour ne pas disparaître des portefeuilles.