Innondations à Kinshasa | L’opposition mouille le régime

Sous les trombes d’eau, les voix s’élèvent. Dans la nuit du 4 au 5 avril, Kinshasa a bu la tasse. Une fois de plus. Des pluies diluviennes ont défiguré la capitale congolaise, ravagé ses quartiers précaires et emporté ses habitants dans un silence que seuls les cris de détresse osent briser. Des morts, des blessés, des maisons avalées par la boue, des avenues transformées en fleuves capricieux. Un air de déjà-vu. Et, comme toujours, le même refrain : l’État regarde ailleurs.

Mais cette fois, l’opposition crie plus fort. Moïse Katumbi, Président d’Ensemble pour la République, ouvre le bal : « Incapacité, irresponsabilité, incompétence. » Trois coups portés à un pouvoir qu’il accuse d’abandonner les Kinois à leur sort. Pour lui, le ciel n’a fait que précipiter l’échec d’un système incapable de penser la ville, de la protéger, de la construire pour les vivants.

Même tonalité chez Martin Fayulu, Président de l’EciDé, qui, dans un langage plus frontal, dénonce un « laxisme criminel ». Il n’épargne rien : urbanisation chaotique, absence de planification, clientélisme et amateurisme. « Comment comprendre », interroge-t-il, « qu’une métropole de plus de 17 millions d’âmes ne soit reliée à son aéroport que par une unique artère ? » L’image est saisissante, l’accusation implacable.

L’ancien Premier ministre, Matata Ponyo, lui, choisit le Parlement pour faire résonner sa colère. Une question orale adressée à la Première ministre. Histoire, peut-être, de voir si la voix institutionnelle peut encore porter quelque chose dans le tumulte.

Sur un ton plus rassembleur, l’ex-candidat Président de la République, Seth Kikuni plaide pour une réaction collective :

« Une catastrophe naturelle impose la solidarité nationale comme premier réflexe. »

Loin des joutes politiciennes, il en appelle aux citoyens : ouvrir leurs portes, partager leur pain, panser les plaies pendant que les puissants s’enlisent.

Et pendant ce temps, l’Église lève la voix. Dans une rare prise de parole, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) sort de sa réserve. Mgr Fulgence Muteba, président de la CENCO, parle de « grande peine », de pertes humaines, de « dégâts matériels importants ». Les mots sont sobres, mais le message est clair : face à la détresse, le silence de l’État est assourdissant.

La capitale Kinshasa, noyée sous la pluie, semble aussi noyée sous les promesses non tenues. Le ciel pleure, les opposants dénoncent, les citoyens enterrent leurs morts.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.