CAFI 2026-2035 | Le Gabon veut faire de ses forêts un moteur de croissance, d’emplois et de développement durable

Le Gabon entend franchir une nouvelle étape dans la gestion de son immense patrimoine forestier. À l’occasion des discussions consacrées à la stratégie 2026-2035 de l’Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale (CAFI), le ministre gabonais des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, a défendu une vision ambitieuse : transformer la conservation des forêts en véritable levier de développement économique, tout en préservant la biodiversité et les services climatiques rendus par les écosystèmes forestiers.

« La préservation de la forêt doit également profiter aux populations qui vivent à son contact », résume la philosophie portée par les autorités gabonaises. Cette orientation repose sur trois piliers majeurs : le développement de l’écotourisme, la gestion du conflit entre l’homme et la faune sauvage, ainsi que la consolidation des mécanismes de financement vert à travers le partenariat avec le CAFI.

Dans un contexte où les pays du bassin du Congo cherchent à valoriser davantage leurs ressources naturelles sans compromettre leur intégrité écologique, le Gabon ambitionne de faire évoluer son modèle économique vers une économie verte créatrice d’emplois et de revenus durables.

« Nos forêts ne doivent plus être considérées uniquement comme un patrimoine à protéger, mais aussi comme un capital à valoriser de manière responsable », soutiennent les autorités gabonaises.

L’un des axes phares de cette stratégie concerne l’écotourisme. Le pays mise sur ses 13 parcs nationaux, ses paysages préservés et sa biodiversité exceptionnelle pour attirer un tourisme haut de gamme à faible impact environnemental. Les investissements envisagés portent notamment sur l’aménagement d’infrastructures respectueuses de l’environnement, la formation des communautés locales et le développement d’activités génératrices de revenus autour de la conservation.

Cette approche vise également à renforcer l’implication des populations riveraines. Guides touristiques, écogardes, gestionnaires d’hébergements écologiques ou prestataires de services touristiques pourraient ainsi bénéficier directement des retombées économiques du secteur.

« La protection de la nature sera durable si elle crée des opportunités concrètes pour les communautés », estiment plusieurs experts du développement durable.

La valorisation locale du bois constitue un autre levier stratégique. Depuis plusieurs années, le Gabon encourage la transformation industrielle du bois sur son territoire afin de réduire les exportations de grumes et d’augmenter la valeur ajoutée locale. L’objectif est de développer une filière capable de produire davantage de meubles, panneaux et produits finis destinés aux marchés nationaux et internationaux.

Pour accompagner cette transformation, les autorités misent sur le renforcement de la traçabilité forestière. Les systèmes numériques de suivi doivent permettre d’identifier l’origine des produits forestiers et de garantir leur conformité aux normes environnementales internationales.

« La traçabilité devient aujourd’hui un passeport indispensable pour accéder aux marchés exigeants », soulignent les spécialistes du secteur.

Le second défi majeur concerne le conflit croissant entre les populations rurales et la faune sauvage, notamment les éléphants de forêt. La protection réussie de certaines espèces emblématiques a entraîné une augmentation des interactions avec les activités agricoles, provoquant parfois des pertes importantes pour les agriculteurs.

Face à cette situation, le gouvernement envisage d’intensifier l’installation de clôtures électriques autour des zones agricoles sensibles et de renforcer les systèmes d’alerte précoce. Des mécanismes d’indemnisation plus rapides et plus transparents sont également à l’étude afin de compenser les dommages subis par les exploitants agricoles.

La participation communautaire occupe une place centrale dans cette démarche. Les autorités souhaitent associer davantage les populations locales à la surveillance de la faune et à la gestion des espaces protégés.

« Les communautés doivent devenir des partenaires de la conservation et non de simples observateurs », défendent les responsables du secteur.

Le troisième pilier repose sur les financements verts et le partenariat stratégique avec le CAFI. Sur ce point, le Gabon dispose déjà d’une expérience reconnue au niveau continental. Les données officielles confirment que le pays est devenu en 2021 le premier État africain à recevoir un paiement fondé sur les résultats obtenus en matière de réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts. Ce premier versement de 17 millions de dollars s’inscrivait dans le cadre d’un accord historique de 150 millions de dollars conclu avec la Norvège via le CAFI sur une période de dix ans. Les résultats avaient été préalablement vérifiés par des experts indépendants.

Selon les informations publiées par le CAFI, cet accord constitue une référence pour les pays à forte couverture forestière et à faible taux de déforestation. Le Gabon, dont près de 88 % du territoire est couvert de forêts, absorbe chaque année davantage de carbone qu’il n’en émet, faisant de ses écosystèmes un acteur majeur de la lutte contre le changement climatique.

Les autorités gabonaises souhaitent désormais obtenir une meilleure valorisation économique du carbone stocké dans leurs forêts. Les discussions engagées dans le cadre de la stratégie 2026-2035 portent notamment sur la revalorisation du prix de la tonne de carbone afin qu’il reflète davantage les services environnementaux rendus au monde entier par les forêts du bassin du Congo.

Parallèlement, plusieurs programmes financés avec l’appui du CAFI soutiennent déjà la certification forestière, l’extension des aires protégées, le renforcement des systèmes de surveillance environnementale et le développement de projets communautaires. Ces investissements visent à concilier protection de la biodiversité, croissance économique et amélioration des conditions de vie des populations.

Cette nouvelle feuille de route s’inscrit dans la continuité des engagements pris par le Gabon depuis près de deux décennies. Le pays avait notamment marqué les esprits avec la création de 13 parcs nationaux et la mise en œuvre de politiques forestières reconnues à l’échelle internationale. L’accord signé avec le CAFI en 2019 puis le premier paiement obtenu en 2021 ont confirmé cette position de pionnier africain en matière de finance climat.

À l’horizon 2035, le défi sera de démontrer qu’il est possible de protéger les forêts tout en générant davantage de richesse, d’emplois et d’opportunités pour les populations. La réussite de cette stratégie pourrait servir de modèle à d’autres pays du bassin du Congo confrontés aux mêmes enjeux de développement, de conservation et de financement climatique.

« L’avenir de la forêt africaine dépendra de notre capacité à lui donner une valeur économique sans compromettre son intégrité écologique », résume l’esprit des négociations actuellement engagées autour de la future stratégie du CAFI.

Willy Ulengu Samuanda

Un commentaire sur « CAFI 2026-2035 | Le Gabon veut faire de ses forêts un moteur de croissance, d’emplois et de développement durable »

  1. J’ai lu avec attention votre publication très importante axée sur la préservation des forêts.
    Félicitations pour cette contribution

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.