
Au lendemain de la signature d’une déclaration de principes entre Kigali et Kinshasa, Denis Mukwege et un groupe de penseurs congolais s’insurgent contre ce qu’ils qualifient d’opacité de cet accord.
Pour ce faire, une lettre ouverte de ce groupe est adressée au Chef de l’État congolais, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Dans cette correspondance rendue publique par ces intellectuels, parmi lesquels figure le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege, le groupe s’interroge sur l’« opacité et le déficit d’inclusivité » de la déclaration de principes signée tout récemment entre la RDC et le Rwanda, à Washington DC, aux États-Unis.
« Tout accord ou arrangement qui aurait pour conséquence de priver la Nation de tout ou partie de ses propres moyens d’existence tirés notamment de ses richesses naturelles est érigé en infraction de pillage et que ces actes et leurs tentatives sont punis comme infraction de haute trahison (art. 56 & 57). Enfin, vous ne pouvez ignorer que les traités de paix, de commerce ou liés au règlement des conflits internationaux ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu’en vertu d’une loi (art. 214) », lit-on dans cette correspondance.
Parmi ces libres penseurs, on retrouve Denis Mukwege, Bob Kabamba, Jean-Claude Katende, Jean-Claude Mputu, ainsi que d’autres défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement, qui adressent une lettre ouverte à Félix-Antoine Tshisekedi.
Les signataires invitent le Chef de l’État « à ne pas sacrifier les minerais congolais, à inclure la justice transitionnelle dans tous les efforts déployés pour restaurer et consolider la paix, à faciliter des consultations nationales impliquant toutes les forces vives de la Nation, y compris les élus de l’Assemblée nationale, avant de vous engager au nom du peuple congolais, et à défendre exclusivement les intérêts du peuple congolais souverain lors de votre prochain séjour à Washington ».
Ils lui rappellent les paroles du défunt Souverain Pontife, qui avait exprimé son indignation face au pillage des ressources naturelles de la RDC durant son séjour à Kinshasa en 2023 :
« Après le colonialisme politique, un « colonialisme économique » tout aussi asservissant a été déclenché. En conséquence, ce pays largement pillé n’est pas en mesure de tirer suffisamment profit de ses immenses ressources : nous en sommes arrivés au paradoxe que les fruits de sa terre le rendent ‘étranger’ à ses habitants… Retirez vos mains de la République Démocratique du Congo, retirez vos mains de l’Afrique ! Cessez d’étouffer l’Afrique : elle n’est pas une mine à exploiter ni une terre à dévaliser. »
Ci-dessous, l’intégralité de la lettre ouverte :



BASILE MUYA