
À Kinshasa, le débat sur le futur dialogue national prend une tournure de plus en plus politique. Alors que le président Félix Tshisekedi a annoncé un dialogue présenté comme inclusif, apaisé et républicain, Lambert Mende Omalanga estime que cette ouverture ne peut pas être sans limites. Pour le président de la Convention des Congolais Unis (CCU), certains acteurs qu’il considère comme liés à l’agression de la République démocratique du Congo ne devraient pas avoir leur place autour de la table.
Le député national l’a fait savoir lors d’une matinée politique de son parti à Kinshasa. Sa position est claire : l’inclusivité ne doit pas, selon lui, conduire à donner une tribune à des personnes condamnées par la justice ou sanctionnées pour des faits liés à ce que les autorités congolaises qualifient d’agression extérieure.
Lambert Mende s’oppose notamment à la participation de personnes qu’il présente comme des « complices de l’agresseur ». Il estime également que les membres de groupes armés engagés aux côtés de ces forces ne devraient pas participer aux discussions à titre individuel, à moins de s’être officiellement désolidarisés de ces mouvements.
Cette déclaration intervient alors que l’idée d’un dialogue national continue de susciter des réactions contrastées dans la classe politique congolaise. Félix Tshisekedi avait annoncé, le 17 juillet, la tenue d’un dialogue national « inclusif, apaisé et résolument républicain », avec pour objectif affiché de consolider la cohésion nationale dans le respect des institutions et de la Constitution.
Mais derrière le principe du dialogue, une question sensible se pose déjà : jusqu’où doit aller l’inclusivité ? La réponse ne fait pas l’unanimité. Certains acteurs politiques souhaitent un cadre largement ouvert afin de réunir les différentes composantes de la société congolaise. D’autres estiment qu’il faut fixer des lignes rouges, particulièrement lorsqu’il s’agit d’acteurs accusés de soutenir la rébellion ou de remettre en cause la souveraineté du pays.
La question des conditions de participation risque donc de devenir l’un des premiers véritables tests du processus. La C64, par exemple, a déjà posé ses propres conditions pour participer à un dialogue crédible, notamment sur la question de la réforme constitutionnelle. De son côté, le débat public porte également sur la nécessité d’obtenir des engagements clairs des différentes parties afin que les discussions ne servent pas à contourner les responsabilités liées à la crise sécuritaire.
Pour Lambert Mende, le dialogue ne devrait donc pas être confondu avec une opération de blanchiment politique. Son discours traduit une inquiétude partagée dans une partie de la majorité : celle de voir les discussions nationales mettre sur le même pied des acteurs politiques, des victimes du conflit et des personnes soupçonnées de soutenir les groupes armés.
Reste maintenant à savoir quels critères seront finalement retenus par les organisateurs. Car si le dialogue se veut réellement national, il devra trouver un équilibre difficile entre ouverture politique, exigences de justice, défense de la souveraineté et recherche de la paix.
À Kinshasa, les discussions n’ont pas encore commencé que la bataille autour de la liste des participants, elle, semble déjà engagée. Et c’est peut-être là que se jouera une première partie de la crédibilité du futur dialogue.
DIVINE ATANTE