
Un nouveau rapport de l’ONG Human Rights Watch (HRW) jette une lumière crue sur la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Publiée le 10 juin 2026, cette enquête de 87 pages accuse l’AFC/M23 et les Forces rwandaises de défense (RDF) d’avoir mis en place un vaste système de recrutement forcé, de détentions arbitraires et de mauvais traitements dans les territoires sous leur contrôle au Nord-Kivu.
Selon HRW, « des milliers de personnes, dont des enfants, ont été soumises à des abus graves dans des camps militaires », notamment à Rumangabo et Tshanzu, situés dans le territoire de Rutshuru. L’organisation estime que les faits documentés pourraient constituer des crimes de guerre et, dans certaines circonstances, des crimes contre l’humanité.
L’enquête s’appuie sur de nombreux témoignages de survivants, d’anciens détenus et de proches de victimes. D’après l’ONG, après la prise de Goma et de Bukavu en 2025, les autorités de fait contrôlant ces zones auraient procédé à des arrestations massives visant aussi bien des militaires capturés que des civils ordinaires.
« La plupart des personnes transférées dans les camps l’ont été contre leur volonté », affirme Human Rights Watch.
Le rapport décrit des conditions de détention particulièrement sévères. Plusieurs témoins évoquent des cellules surpeuplées, le manque d’eau potable, la privation de nourriture, des passages à tabac réguliers ainsi que l’impossibilité de communiquer avec leurs familles. Certains détenus auraient été enfermés dans des fosses creusées dans le sol.
« La violence servait à briser toute résistance et à forcer l’enrôlement », rapportent plusieurs survivants cités par l’organisation.
L’un des aspects les plus préoccupants de cette enquête concerne le recrutement de mineurs. Human Rights Watch affirme avoir recueilli des témoignages faisant état de l’enrôlement forcé d’enfants parfois âgés de seulement 12 ans.
« Les enfants continuent de payer un lourd tribut dans ce conflit », souligne l’ONG, rappelant que le recrutement d’enfants soldats constitue une violation grave du droit international.
Human Rights Watch met également en cause l’implication directe du Rwanda. Selon plusieurs témoins interrogés, des instructeurs parlant kinyarwanda et anglais auraient assuré l’encadrement militaire dans les camps. Certains auraient porté l’uniforme des Forces rwandaises de défense. À la lumière des éléments recueillis, l’organisation estime que le niveau de contrôle exercé par Kigali sur certaines zones de l’est congolais répondrait aux critères juridiques d’une « occupation belligérante » au regard du droit international humanitaire.
« Le Rwanda exerce un contrôle effectif sur les territoires concernés », conclut HRW, qui appelle la communauté internationale à examiner ces allégations avec la plus grande attention.
Jusqu’à présent, les autorités rwandaises ont régulièrement rejeté les accusations de soutien militaire direct au M23, affirmant agir dans un contexte de préoccupations sécuritaires liées à la présence de groupes armés hostiles près de leur frontière.
Le rapport ne limite toutefois pas ses critiques à l’AFC/M23 et au Rwanda. Human Rights Watch rappelle également les accusations déjà documentées contre les Forces armées de la RDC (FARDC) et certains groupes armés alliés, notamment les Wazalendo et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). L’organisation évoque des cas de meurtres, de violences sexuelles, de détentions arbitraires et d’extorsions commis dans différentes zones du conflit.

« Toutes les parties impliquées dans le conflit doivent rendre des comptes », insiste Human Rights Watch. L’ONG appelle les autorités congolaises à enquêter sur l’ensemble des violations signalées, à faciliter l’exhumation des fosses communes présumées de Rumangabo et Tshanzu et à renforcer leur coopération avec la Cour pénale internationale (CPI).
Par ailleurs, l’organisation demande au Bureau du Procureur de la CPI d’examiner les éléments recueillis concernant les centres de détention et d’entraînement documentés dans son enquête. Elle recommande également aux partenaires internationaux de réévaluer leur coopération militaire avec le Rwanda et d’envisager des sanctions ciblées contre les responsables présumés des abus.
Cette publication intervient alors que plusieurs rapports internationaux ont déjà mis en évidence la dégradation de la situation humanitaire dans l’est de la RDC. Ces dernières années, des enquêtes des Nations unies, des organisations de défense des droits humains et de nombreux médias internationaux ont régulièrement documenté des violations graves commises par différentes parties au conflit. Fin 2024, près de 7,8 millions de personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, un chiffre qui illustre l’ampleur de la crise sécuritaire et humanitaire.
L’avenir dépendra désormais de la capacité des mécanismes judiciaires nationaux et internationaux à établir les responsabilités individuelles et à garantir que les auteurs présumés répondent de leurs actes. Pour les populations de l’est congolais, confrontées depuis plus de deux décennies à la violence armée, la publication de ce rapport constitue un nouvel appel à la justice, mais aussi un rappel de l’urgence d’une solution politique durable à un conflit qui continue de bouleverser des millions de vies.
Willy Ulengu Samuanda