
La République démocratique du Congo a franchi, mardi 30 juin à Paris, une étape majeure dans sa conquête de la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Candidate au poste de Secrétaire générale de l’organisation, Juliana Amato Lumumba a défendu sa vision devant la Conférence ministérielle de la Francophonie, un exercice inédit considéré comme le principal test politique avant l’élection prévue lors du Sommet de la Francophonie de novembre prochain à Phnom Penh, au Cambodge.
Derrière cette audition se cache plusieurs mois d’intenses démarches diplomatiques conduites par la RDC.
« Une candidature se construit bien avant le vote », résument plusieurs observateurs de la Francophonie.
Sous l’impulsion de Crispin Mbadu Phanzu, le gouvernement congolais a multiplié les contacts auprès des États membres de l’OIF afin de promouvoir la candidature de Juliana Amato Lumumba et de porter la vision du président Félix Tshisekedi pour une Francophonie davantage connectée aux réalités du monde contemporain.
De l’Afrique à l’Europe, en passant par l’Amérique du Nord, cette offensive diplomatique a permis à Kinshasa de défendre un projet articulé autour de la paix, de la jeunesse, de l’innovation et du développement économique.
« La Francophonie doit être un espace d’action et non seulement de dialogue », est l’un des messages portés par la candidate congolaise depuis le lancement officiel de sa campagne à Paris en mai dernier.
Face aux ministres des Affaires étrangères des États membres, Juliana Amato Lumumba a choisi un ton rassembleur. Elle a affirmé que sa candidature n’était dirigée contre aucun État ni contre aucune personnalité, tout en saluant le parcours de l’actuelle Secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, dont le mandat arrive à échéance. « Le rassemblement plutôt que la confrontation », tel a été le fil conducteur de son intervention. Les auditions organisées à Paris réunissaient quatre candidats en lice pour la direction de l’organisation.
La candidate congolaise a également présenté plusieurs propositions destinées à renforcer le rôle politique et sociétal de l’OIF. Parmi elles figure la création d’une Académie francophone de la paix et du bien-être, destinée à former des médiateurs, des spécialistes du dialogue et des experts en prévention des conflits dans l’espace francophone.
« Investir dans la paix, c’est prévenir les crises de demain », a-t-elle soutenu à travers cette initiative.
Pour donner du poids à cette proposition, la RDC a annoncé son intention d’y contribuer à hauteur de 10 millions de dollars américains. Une annonce qui vise à démontrer la volonté de Kinshasa d’accompagner ses ambitions diplomatiques par des engagements concrets. « Passer des discours aux actes », telle est l’image que les autorités congolaises cherchent à projeter auprès des partenaires francophones.

Cette candidature s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la place de la RDC au sein de l’espace francophone. Premier pays francophone du monde par sa population, la RDC estime que son poids démographique, culturel et politique lui confère une légitimité particulière pour participer davantage à l’orientation de l’organisation. Cette ambition avait déjà été mise en avant lors de la présentation officielle de la candidature en février puis devant les ambassadeurs francophones à Kinshasa en mars dernier.
À quelques mois du Sommet de Phnom Penh, l’audition parisienne ne constitue toutefois qu’une étape. Le choix final reviendra aux chefs d’État et de gouvernement membres de l’OIF. Les prochains mois seront donc marqués par une nouvelle phase de consultations diplomatiques et de négociations discrètes entre les capitales francophones. Une chose est néanmoins acquise : grâce à une campagne méthodiquement préparée et à une présence diplomatique soutenue, la RDC a réussi à imposer sa candidature dans le débat francophone international. Le rendez-vous du Cambodge dira désormais si cet élan diplomatique peut se transformer en victoire politique.
Willy Ulengu Samuanda