Patrick Muyaya : « Le Président avait déjà dit qu’il était lié au M23… On attend de le voir, on attend de l’écouter »

Annoncé à Goma, Joseph Kabila fait son retour dans une région déchirée par la guerre, sur fond d’accusations de connivence avec la rébellion. Une présence aussi lourde que silencieuse, que le pouvoir scrute avec méfiance.

Il est de retour. Après des mois de silence et un exil volontaire en Afrique australe, Joseph Kabila, ancien Président de la RDC, est annoncé à Goma, dans le Nord-Kivu, là où le feu ne s’éteint jamais. Une région à genoux, en partie contrôlée par la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda. Une zone de guerre, de sang, de suspicions. Et désormais, de symboles.

Car ce retour n’est pas neutre. Pas à Goma. Pas maintenant. Deux semaines après avoir publié une déclaration évoquant « la faiblesse des institutions » et « la dégradation sécuritaire », le revoilà, cape invisible mais poids bien réel. L’homme de 18 ans de pouvoir, celui qui a vu naître et mourir une première rébellion du M23, revient dans le théâtre même de la tragédie.

Le gouvernement se garde bien de hurler au complot. Mais il veille. Samedi à Lubumbashi, Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, a commenté la nouvelle à demi-mots :

« Le Président de la République en avait déjà parlé : son prédécesseur était lié au M23… On attend de le voir, on attend de l’écouter. »

Une phrase lâchée comme un hameçon. Sèche, accusatrice, mais pas frontale. Car Kabila n’a rien dit. Il marche dans Goma sans parole officielle, sans discours. Juste sa présence, et l’ombre d’un passé qui colle à la peau.

En mars dernier, à Johannesburg, il balayait les accusations de complicité avec les groupes armés. Aujourd’hui, le contexte a changé. La guerre est ouverte. Goma vit sous menace permanente. Les FARDC affrontent des rebelles mieux équipés, mieux organisés, et appuyés par Kigali.

Ironie de l’histoire : Muyaya rappelle que Kabila, lui aussi, a combattu le M23.

« Symboliquement, cela a du sens », admet-il.

Avant de marteler :

« Cette guerre ne concerne pas seulement le président Tshisekedi, mais tous les Congolais. »

Une tentative de réintégrer Kabila dans le roman national de la résistance ? Ou une manière de lui rappeler qu’il sera jugé à ses actes ? Car derrière l’ex-président rôde toujours le soupçon. Pas de preuve formelle. Juste des témoignages, des intuitions, et un contexte politique empoisonné.

Pour Kabila, revenir à Goma, c’est poser un pion sur l’échiquier du chaos. Montrer qu’il est encore là. Qu’il voit. Qu’il pourrait, peut-être, agir. Reste à savoir comment. Et dans quel camp.

Pour le pouvoir, c’est une équation à plusieurs inconnues. Kabila, l’ancien « Raïs », est-il là pour soutenir l’armée ? Pour médiatiser la crise ? Peut-il encore parler au nom du Congo ?

 

LUKEKA KALUME

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