Ituri | Le pacte de Tchomia, un bouclier vert face au pétrole

À Tchomia, sur les rives du lac Albert, une mobilisation citoyenne inédite vient de poser les jalons d’une nouvelle gouvernance environnementale. Entre pressions pétrolières et menaces sécuritaires, les communautés locales de l’Ituri ont scellé, ce lundi 13 avril 2026, un « Pacte de protection mutuelle ». Récit d’une résistance qui s’organise.

Le décor est celui d’une carte postale menacée. Le lac Albert, poumon économique partagé entre la RDC et l’Ouganda, n’est plus seulement le sanctuaire des pêcheurs de la Fecopela ; il est devenu l’épicentre de convoitises extractives et foncières majeures. C’est ici, à Tchomia, que l’ACEDH et le FDAPID, soutenus par l’Open Society Foundations (OSF), ont réuni des centaines de délégués pour transformer l’inquiétude en stratégie de défense.

Une muraille de solidarité
L’enjeu du jour tient en trois mots : « Protection, Information, Participation ». Le Pacte de protection mutuelle adopté lors de cette rencontre n’est pas qu’une déclaration d’intention. Il s’agit d’un dispositif de solidarité organique visant à protéger les activistes de l’environnement, souvent cibles de harcèlements et d’intimidations.

« Nous ne refusons pas le développement, mais nous refusons le sacrifice de nos droits sur l’autel du pétrole », a martelé une porte-parole des femmes de la filière pêche, sous les applaudissements d’une assemblée mêlant chefs coutumiers, éleveurs et agriculteurs.

Les trois piliers de la résistance
La force de ce pacte réside dans ses exigences concrètes, structurées autour de trois axes non négociables :
* La fin de l’impunité : Une traque juridique contre les « prédateurs » de ressources naturelles.
* La transparence radicale : Un accès total aux données sur les projets d’exploitation pétrolière.
* L’ancrage communautaire : Une participation réelle des populations aux décisions foncières et halieutiques.

De la fête à l’offensive
Si l’ambiance est restée festive, rythmée par des danses traditionnelles rappelant le lien charnel entre identité culturelle et terre, l’appel à l’action est, lui, sans ambiguïté. L’objectif est désormais de porter ce message dans les 97 camps de pêche du lac Albert.

Pour les organisateurs, le message envoyé à Kinshasa et aux multinationales est clair : en Ituri, la protection de l’écosystème est devenue une affaire de survie collective. Le bouclier de Tchomia est désormais levé.

Willy Ulengu Samuanda

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