RDC | À Kinshasa, les conseillers municipaux dénoncent leur exclusion de l’Assemblée constituante et réclament leur place dans la réforme constitutionnelle

Une fronde des élus de proximité au cœur du débat référendaire

La contestation autour du projet de loi sur l’organisation du référendum en République démocratique du Congo prend une nouvelle dimension. À Kinshasa, les conseillers municipaux expriment leur colère après la modification apportée par le Sénat à la proposition de loi adoptée le 15 juin 2026. En cause : leur exclusion de l’Assemblée constituante appelée à participer à l’élaboration d’une éventuelle nouvelle Constitution.

Pour ces élus locaux, cette décision constitue un recul de la représentation démocratique à la base.

« Nous sommes les premiers relais de la population et nous ne pouvons être écartés d’un processus qui engage l’avenir institutionnel du pays », soutiennent plusieurs conseillers municipaux notamment Peggy Ngolela rencontrés dans la capitale.

L’adoption du texte par le Sénat, à l’unanimité des sénateurs présents, intervient dans un climat politique déjà marqué par de fortes tensions autour de la question référendaire. Alors que les partisans de la réforme défendent la nécessité d’encadrer juridiquement le recours au référendum, ses détracteurs y voient le prélude à une révision constitutionnelle aux conséquences encore incertaines.

Le Sénat modifie la composition de l’Assemblée constituante

Selon les conseillers municipaux, la version initiale du texte prévoyait leur intégration au sein de l’Assemblée constituante chargée de participer aux travaux de rédaction ou de révision de la Constitution. Mais lors de la seconde lecture au Sénat, cette disposition a été modifiée.

Cette évolution a provoqué une vive incompréhension parmi les élus communaux de Kinshasa.

« Une Constitution doit être construite avec toutes les composantes de la nation, y compris les représentants élus au plus près des citoyens », estiment-ils.

À leurs yeux, cette exclusion réduit la voix des collectivités locales dans un processus qui devrait, selon eux, refléter la diversité des réalités sociales, économiques et politiques du pays.

Une frustration qui s’ajoute à des revendications plus anciennes

Au-delà du débat constitutionnel, la mobilisation des conseillers municipaux s’inscrit dans un contexte de malaise plus profond. Depuis plusieurs mois, ces élus dénoncent leurs conditions de travail ainsi que le non-paiement de leurs émoluments.

À plusieurs reprises, ils ont organisé des sit-in devant les institutions provinciales et l’Hôtel de ville de Kinshasa pour réclamer la régularisation de leur situation financière.

« Nous demandons le respect de notre mandat et de nos droits les plus élémentaires », rappellent-ils régulièrement.

Les élus communaux accusent également les autorités urbaines d’avoir repris la gestion de certains marchés municipaux, privant selon eux les communes de ressources financières essentielles à leur fonctionnement.

Entre inquiétudes institutionnelles et bataille politique

La contestation des conseillers municipaux rejoint partiellement celle exprimée ces derniers jours par plusieurs acteurs de l’opposition politique. La coalition C64, qui a organisé des manifestations contre le projet référendaire, considère cette réforme comme une initiative susceptible d’ouvrir la voie à une modification de la Constitution.

Les opposants parlent d’un « coup d’État constitutionnel » et redoutent que le processus ne débouche à terme sur une révision des règles encadrant l’exercice du pouvoir présidentiel.

Toutefois, à ce stade, aucun élément contenu dans la loi adoptée sur l’organisation du référendum ne prévoit explicitement une modification du nombre de mandats présidentiels. Les craintes exprimées relèvent principalement d’analyses et de projections politiques portées par les adversaires de la réforme.

La polémique actuelle rappelle les tensions qui ont accompagné plusieurs réformes institutionnelles majeures en RDC au cours des dernières années. Chaque fois que la question constitutionnelle est évoquée, les débats dépassent rapidement le cadre juridique pour devenir un enjeu politique national.

Pour les conseillers municipaux de Kinshasa, l’enjeu immédiat reste leur réintégration dans les mécanismes de représentation prévus par le futur dispositif institutionnel. Leur mobilisation témoigne d’une volonté de faire entendre la voix des collectivités locales dans un débat qui engage l’architecture politique du pays.

Les prochaines étapes législatives seront donc particulièrement observées. Entre les travaux d’harmonisation du texte, les critiques de l’opposition et les revendications des élus locaux, le dossier du référendum continue d’alimenter les discussions au sein de la classe politique congolaise. Une chose est certaine : la bataille autour de la réforme institutionnelle est loin d’être terminée, et les mois à venir devraient déterminer si le processus parvient à rassembler les différentes sensibilités nationales ou s’il accentue davantage les fractures déjà visibles sur la scène politique congolaise.

 

Willy Ulengu Samuanda

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