
Par une décision présidentielle, Félix‑Antoine Tshisekedi a placé sous l’autorité directe de la Présidence une unité pluridisciplinaire confiée au patron du Service National, avec pour mission de juguler l’insalubrité qui étouffe la capitale. « La salubrité n’est pas un luxe : c’est une condition de santé publique et de dignité pour les Kinois », martèle une source présidentielle.
Le constat présidentiel est sans fard : malgré des opérations antérieures et des budgets affectés, les artères principales notamment aux abords du Grand Marché restent envahies par les déchets. L’ordonnance, signée le 30 mai, donne au général Kasongo Kabwik les moyens d’action et une marge de manœuvre administrative plus large que celle des structures municipales traditionnelles. « Nous devons passer de l’affichage à l’efficacité ; il faut responsabiliser les acteurs et faire rendre des comptes », explique un conseiller à la Présidence, soulignant la volonté d’une intervention rapide et visible.
Le profil choisi n’est pas anodin. Jean‑Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service National, s’est forgé une réputation de manager opérationnel capable de mobiliser des hommes et des moyens sur des chantiers exigeants. Pour les autorités, son expérience de coordination et de logistique est un atout pour structurer une chaîne de collecte, de traitement et de valorisation des déchets. « Le Service National apporte la discipline et l’organisation ; notre défi est d’y adjoindre la technique et l’acceptation sociale », commente un expert en gestion urbaine consulté par notre rédaction.
L’angle d’action annoncé combine fermeté et mesures incitatives la fameuse approche « bâton et carotte » évoquée par des sources proches du dossier. Concrètement, la task force devra coordonner la mise à disposition d’équipements lourds, superviser la réorganisation des points de collecte, lancer des campagnes de sensibilisation et appliquer des sanctions contre les incivilités et les dépôts sauvages. Mais pour que l’effet d’annonce ne reste pas symbolique, le succès reposera sur la transparence de la gouvernance financière et sur la coordination étroite avec la mairie de Kinshasa et la REGIDESO pour les points sensibles.
Ce tournant présidentiel s’inscrit dans la lignée des tentatives précédentes, dont le programme « Kin Bopeto » (2019), qui avait connu des résultats mitigés faute de suivi durable et de financements pérennes. La nomination d’un militaire à la tête de l’opération marque une rupture de méthode : passage d’une logique municipale à une coordination nationale. « Si la méthode militaire sert à structurer durablement les services et non à remplacer les autorités civiles, elle peut produire des effets visibles », nuance un universitaire spécialisé en politiques urbaines.
Pour que la mesure produise des résultats durables, trois préalables solutions s’imposent : 1) la publication claire du mandat, des moyens alloués et des indicateurs de performance de la task force ; 2) l’ouverture d’un dialogue avec les communes et la société civile pour garantir l’adhésion populaire ; 3) la mise en place d’un mécanisme indépendant de suivi‑évaluation et de transparence financière. Sans ces garde‑fous, le risque d’un coup d’éclat ponctuel suivi d’un repli demeure élevé.
Willy Ulengu Samuanda