
Alors que la République démocratique du Congo poursuit la réforme de son cadre juridique et institutionnel en matière climatique, des organisations de la société civile environnementale réunies au sein du Groupe de Travail Climat REDD+ Rénové (GTCRR) exhortent le gouvernement à transformer le marché carbone en un véritable outil de développement économique et social au profit des populations congolaises.
« Le marché carbone ne doit pas être uniquement une source de revenus environnementaux, mais un levier concret de développement national », résume l’esprit des recommandations rendues publiques à Kinshasa et relayées par sasa studio.net.
Face aux enjeux croissants du financement climatique, la société civile estime que les ressources générées par la vente des crédits carbone doivent être orientées vers des priorités clairement identifiées.
« Les bénéfices du marché carbone doivent se traduire par des emplois verts, une réduction durable de la pauvreté et une amélioration des conditions de vie des communautés locales », soutient-elle.
Les organisations environnementales insistent également sur la nécessité de garantir les droits des peuples autochtones et des communautés qui vivent au cœur des écosystèmes forestiers. Pour elles, la réussite du marché carbone congolais dépendra de la capacité des autorités à assurer une répartition équitable des bénéfices et une gestion transparente des financements climatiques.
Dans cette dynamique, la société civile recommande l’accélération de la mise en place des principaux outils de gouvernance du secteur.
« La crédibilité du marché carbone passe par des mécanismes solides de suivi et de contrôle », souligne le document.
Parmi les priorités figurent notamment la finalisation du registre national carbone, le renforcement des systèmes de mesure et de vérification, l’adoption de procédures nationales d’autorisation et de comptabilisation ainsi que la mise en œuvre de garanties environnementales et sociales.
Les acteurs environnementaux plaident aussi pour un renforcement des capacités nationales afin que les institutions congolaises puissent mieux encadrer ce marché en pleine expansion.
« La gouvernance doit être participative, inclusive et territorialisée », recommandent-ils, estimant que les provinces et les communautés locales doivent être associées aux décisions relatives à la gestion des ressources carbone.
Au-delà des recommandations, la société civile réaffirme sa volonté d’accompagner l’État dans la construction d’un marché carbone qu’elle souhaite « crédible, souverain et conforme aux meilleures pratiques internationales ». Elle appelle les pouvoirs publics à privilégier le dialogue, la transparence et la consolidation des acquis afin que cette réforme contribue à la protection du patrimoine naturel du pays tout en soutenant son développement économique.
Cette prise de position intervient dans un contexte où la RDC cherche à valoriser son immense capital forestier, considéré comme l’un des plus importants réservoirs de carbone au monde. Depuis plusieurs années, le pays développe des mécanismes liés au financement climatique à travers les programmes REDD+ et d’autres initiatives soutenues par des partenaires internationaux.
Lors de précédentes rencontres consacrées à la gouvernance climatique, les organisations de la société civile avaient déjà insisté sur la nécessité d’éviter que les revenus du carbone profitent uniquement à quelques acteurs institutionnels ou privés. Elles avaient également plaidé pour une meilleure implication des communautés locales dans la définition des projets climatiques. Ces préoccupations demeurent au cœur du débat actuel et reviennent avec force dans les recommandations publiées cette semaine.
Willy Ulengu Samuanda