
L’Assemblée nationale congolaise est le théâtre d’une vive tension après l’initiative de Laddy Yangotikala visant le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemin Shabani. Entre exclusion politique et dénonciation d’acharnement, ce dossier interroge les limites de la discipline au sein de la majorité.
L’exercice du contrôle parlementaire a-t-il un prix politique en République démocratique du Congo ? Pour Laddy Yangotikala, député national et initiateur d’une motion de défiance contre Jacquemin Shabani, Vice-Premier ministre (VPM) chargé de l’Intérieur, la réponse semble être l’éviction. Exclu de son regroupement politique (AVRP), l’élu fait désormais face à une levée de boucliers que ses soutiens qualifient de dérive antidémocratique.
Une solidarité de corps
Face à ce qu’il qualifie de « stratégie de défense médiocre », le député Fontaine Mangala est monté au créneau pour soutenir son collègue. L’élu de Kisangani dénonce des attaques coordonnées et des méthodes de coercition visant à neutraliser l’initiateur de la motion plutôt qu’à répondre aux griefs formulés. « S’attaquer à un député dans l’exercice de ses fonctions, c’est s’attaquer à l’essence même de la représentation nationale », a martelé Fontaine Mangala, rappelant que le Règlement intérieur de la Chambre basse consacre le droit de demander des comptes à l’exécutif.
Le divorce avec la majorité
La démarche de Laddy Yangotikala a provoqué un séisme au sein de sa propre famille politique. Son exclusion du regroupement, dirigé par Jean-Michel Sama Lukonde, marque une rupture nette avec la discipline de groupe souvent de mise au sein de l’Union Sacrée. Loin de se rétracter, l’élu a affirmé « prendre acte » de cette décision, invoquant sa loyauté envers le Chef de l’État et son devoir de protection des citoyens. Pour lui, la gestion sécuritaire du VPM Shabani doit être débattue dans l’hémicycle, et non étouffée par des pressions partisanes.
Un test pour la démocratie parlementaire
Au-delà de la survie politique de Laddy Yangotikala, cette affaire pose un précédent sur l’indépendance des élus face à leurs regroupements lorsqu’il s’agit de contrôler des membres du gouvernement. Alors que la motion devrait, en théorie, donner lieu à un débat contradictoire, la bataille se joue pour l’instant sur le terrain de la communication et des sanctions disciplinaires. Le dénouement de cette crise parlementaire sera un indicateur majeur de la vitalité ou de la fragilité du contre-pouvoir législatif en RDC
Willy Ulengu Samuanda