
Le gouvernement de la République démocratique du Congo poursuit la mise en œuvre de sa réforme du secteur numérique. Un arrêté interministériel signé le 28 juillet 2026 par le ministre de l’Économie numérique, Augustin Kibassa, et son collègue des Finances, Doudou Fwamba, fixe désormais les droits, taxes et redevances applicables aux activités numériques.
Présentée comme un outil de régulation et de structuration d’un secteur en pleine croissance, cette décision suscite déjà des critiques, notamment de l’opposant Martin Fayulu, qui estime qu’elle risque de décourager les jeunes entrepreneurs.
« Réguler ne doit pas signifier freiner l’innovation », résume le débat qui s’ouvre autour de cette réforme.
Le nouveau dispositif impose des frais d’autorisation aux plateformes numériques opérant en RDC. Les banques en ligne et les entreprises de technologie financière (fintech) devront verser 5 000 dollars américains pour obtenir leur autorisation d’exploitation. Les plateformes de transport, de réservation de voyages, d’hébergement touristique, les places de marché numériques ainsi que les boutiques d’applications paieront 3 000 dollars pour les opérateurs locaux et 10 000 dollars pour les entreprises étrangères. En revanche, les startups congolaises bénéficient d’un régime préférentiel avec un agrément fixé à 100 dollars afin d’encourager l’innovation locale.
« L’objectif est de créer un environnement numérique mieux organisé et plus attractif pour les investissements », soutiennent les autorités.
L’arrêté prévoit également des frais compris entre 25 000 et 75 000 dollars pour les centres de données, selon leur niveau de certification. Les entreprises qui exerceront sans autorisation ou sans agrément s’exposeront à des sanctions pouvant atteindre 200 % de la valeur des droits exigés, en plus d’autres mesures prévues par la réglementation.
« Le respect des règles devient une obligation pour tous les opérateurs », rappelle le texte.
Quelques heures après la publication de ces mesures, Martin Fayulu a exprimé son désaccord sur le réseau social X. Le président de l’ECiDé affirme que soumettre des startups, parfois encore sans revenus, à des droits pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars constitue « une aberration économique ». Selon lui, cette réforme risque de ralentir l’innovation, de décourager les jeunes porteurs de projets et de pousser davantage d’entrepreneurs vers l’économie informelle.
« L’innovation ne se décrète pas : elle se libère, s’accompagne et se protège », a-t-il déclaré.
Cette controverse intervient alors que le gouvernement met progressivement en application le Code du numérique adopté pour moderniser l’écosystème digital congolais. Depuis mars 2026, plusieurs arrêtés ministériels ont déjà fixé les modalités de déclaration, d’autorisation et d’agrément des activités numériques, avec l’objectif affiché de sécuriser les investissements, protéger les utilisateurs et renforcer la gouvernance du secteur. Le Code du numérique prévoit par ailleurs des mécanismes d’encouragement en faveur des startups répondant aux critères définis par la législation.
Le débat devrait désormais se poursuivre entre le gouvernement, les opérateurs économiques et les acteurs de l’écosystème numérique. Les organisations représentant les startups et les entreprises technologiques pourraient demander un réexamen de certains montants ou des modalités d’application afin de préserver la compétitivité du secteur. Les prochains mois permettront de mesurer si cette réforme atteint son objectif de renforcer la régulation sans compromettre l’essor de l’économie numérique congolaise.
Willy Ulengu Samuanda