
La République démocratique du Congo est engagée dans l’une des réformes les plus importantes de son secteur forestier depuis plus de vingt ans.
Avec l’adoption, le 10 juillet 2026, de la Politique forestière nationale 2026-2035, le gouvernement entend moderniser la gouvernance des forêts tout en renforçant leur contribution au développement économique, à la lutte contre la pauvreté et à la résilience climatique. Mais une question continue de diviser les acteurs du secteur : quel avenir pour le moratoire sur l’attribution de nouvelles concessions forestières industrielles ?
« La réforme forestière ouvre une nouvelle étape, mais elle ne met pas fin au débat », résument plusieurs observateurs.
Mis en place en 2002 puis consolidé par des mesures réglementaires en 2005, le moratoire visait à suspendre l’octroi de nouvelles concessions forestières afin d’assainir un secteur longtemps marqué par des irrégularités. Cette décision a constitué un tournant dans la gouvernance des forêts congolaises en limitant l’expansion de l’exploitation industrielle pendant que l’État renforçait progressivement son cadre juridique et institutionnel.
« Le moratoire a été conçu comme un instrument de transition et de gouvernance », rappellent plusieurs spécialistes du droit de l’environnement.
La nouvelle Politique forestière nationale fixe désormais une vision à l’horizon 2035 fondée sur une gestion durable, transparente et inclusive des ressources forestières. Le document prévoit notamment une meilleure valorisation économique des forêts, une implication accrue des communautés locales et des peuples autochtones ainsi qu’un renforcement de la gouvernance. Il mentionne également qu’une levée du moratoire pourrait intervenir de manière prudente et sous un cadre mieux encadré.
Toutefois, présenter la disparition prochaine du moratoire comme une certitude serait inexact. Quelques jours après l’adoption de cette politique, la ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du climat a réaffirmé publiquement que le gouvernement maintenait le moratoire sur les nouvelles concessions forestières industrielles. Cette déclaration répondait notamment aux préoccupations exprimées par plusieurs organisations nationales et internationales de défense de l’environnement.
« Les décisions politiques devront continuer à concilier développement économique et protection des forêts », souligne ce courant d’analyse.
Sur le plan juridique, plusieurs experts rappellent que seule l’adoption d’un nouveau Code forestier par le Parlement permettra de clarifier définitivement le cadre légal applicable. Si une nouvelle loi comporte des dispositions incompatibles avec les textes réglementaires actuels, celles-ci pourraient effectivement modifier ou remplacer le régime du moratoire. Mais cette évolution dépendra du contenu final du texte adopté et de ses mesures d’application.
« En droit, seule la loi définitivement promulguée crée une nouvelle norme applicable », rappellent les juristes.
Le débat oppose aujourd’hui deux visions. Les défenseurs du maintien du moratoire estiment qu’il demeure indispensable pour préserver les forêts du Bassin du Congo, protéger la biodiversité et garantir les droits des communautés locales. Les partisans d’une levée progressive considèrent, pour leur part, qu’un secteur forestier mieux réglementé pourrait créer davantage d’emplois, générer des recettes publiques et favoriser une transformation locale du bois dans un cadre de développement durable.
« La véritable question n’est plus seulement de lever ou non le moratoire, mais de savoir sous quelles garanties », résument plusieurs analystes.
Cette réforme intervient dans un contexte où la RDC cherche à renforcer son image de « pays solution » face aux défis climatiques mondiaux. Ces dernières années, le pays a multiplié les réformes liées à la gouvernance environnementale, à la lutte contre la déforestation et à la valorisation durable de ses immenses ressources forestières. Les prochains mois seront déterminants avec la poursuite des discussions sur la révision du Code forestier, dont dépendra une grande partie de l’avenir du moratoire. Les décisions attendues devront trouver un équilibre entre développement économique, protection des écosystèmes et respect des engagements internationaux de la RDC.
Willy Ulengu Samuanda