
L’étau se resserre autour des circuits de financement de la guerre en RDC. L’Union européenne vient de frapper un maillon stratégique : la raffinerie d’or de Gasabo, basée à Kigali, accusée de faciliter l’exportation illicite de minerais congolais. Un coup dur pour l’industrie aurifère rwandaise, dont la prospérité repose en partie sur l’exploitation des ressources en zone de guerre.
Inaugurée en juin 2022 après la fermeture de la raffinerie d’Aldango, Gasabo Gold Rafinery s’est rapidement imposée comme l’unique raffinerie d’or du Rwanda. Officiellement, elle participe au développement du secteur minier rwandais. Officieusement, elle est accusée de jouer un rôle clé dans l’exportation illégale d’or congolais, alimentant ainsi les groupes armés qui ravagent le Nord-Kivu et l’Ituri.
L’Union européenne ne mâche pas ses mots. Dans un document officiel, elle souligne que « l’extraction et le trafic illégaux de ressources naturelles de l’est de la RDC contribuent à l’escalade du conflit » et que « le transit de l’or par la seule raffinerie d’or du Rwanda, Gasabo, facilite l’exportation illicite d’or extrait illégalement ». Autrement dit, Gasabo ne serait pas une simple entreprise, mais un acteur économique qui profite directement de l’instabilité et de l’insécurité en RDC.

Le Rwanda, petit pays sans grandes réserves aurifères connues, s’est pourtant imposé ces dernières années comme un grand exportateur d’or en Afrique. En 2021, Kigali déclarait avoir exporté plus de 12 tonnes d’or, un volume largement supérieur à sa production officielle. Une anomalie qui n’a cessé d’alimenter les soupçons.
Derrière ce boom économique, une réalité brutale : l’or provient en grande partie des zones de conflit congolaises, où des groupes armés, dont le M23, contrôlent des mines et des routes de contrebande. Le minerai est ensuite acheminé vers des plateformes comme Gasabo, avant d’être blanchi et vendu sur les marchés internationaux.