
La République démocratique du Congo veut mieux anticiper les conséquences humaines du changement climatique. Réunis à Kinshasa du 27 au 29 juillet, les pouvoirs publics, les agences des Nations unies, les partenaires techniques et financiers ainsi que les représentants de la société civile ont lancé un atelier national consacré à la mobilité climatique.
L’objectif est de doter le pays d’un cadre de gouvernance capable de répondre aux déplacements de populations provoqués ou aggravés par les aléas climatiques.
« Anticiper les crises, c’est protéger les populations avant qu’elles ne deviennent des victimes », résume l’esprit de cette rencontre.
Organisée à l’Hôtel Béatrice par le ministère de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du climat (MEDD-NEC), avec l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), cette rencontre traduit la volonté des autorités congolaises d’intégrer la mobilité humaine dans les politiques nationales d’adaptation aux changements climatiques.
« Les défis climatiques exigent désormais une réponse coordonnée entre tous les secteurs », ont souligné les organisateurs.
À l’ouverture des travaux, la ministre de l’Environnement, la professeure Marie Nyange Ndambo, a rappelé que la RDC est confrontée à une accumulation de crises sécuritaires, humanitaires et environnementales. Elle a indiqué que le pays compte près de 5,8 millions de personnes déplacées à l’intérieur de ses frontières, une situation alimentée principalement par les conflits armés, mais également aggravée dans plusieurs provinces par les inondations, les érosions, les glissements de terrain et d’autres événements climatiques extrêmes.
« Les changements climatiques accentuent des vulnérabilités déjà existantes », a-t-elle insisté.
Les autorités citent notamment les provinces du Tanganyika, du Sud-Kivu, de la Tshopo, du Kasaï Central ainsi que la ville de Kinshasa parmi les territoires récemment touchés par des catastrophes climatiques ayant entraîné des déplacements de populations. Pour le gouvernement, cette réalité impose une approche multisectorielle associant environnement, aménagement du territoire, action humanitaire, développement local et protection sociale.
« La mobilité climatique ne relève plus d’un seul secteur, mais d’une responsabilité collective », a fait valoir la ministre.
Les travaux s’inscrivent également dans les engagements pris par la RDC au niveau régional et continental, notamment à travers la Déclaration de Kampala sur la migration, l’environnement et le changement climatique adoptée en 2022 sous l’égide de l’Union africaine, ainsi que les initiatives de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Les échanges doivent aussi alimenter la préparation de la troisième Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0), document stratégique qui définira les nouveaux engagements climatiques du pays.
« Les politiques climatiques gagnent en efficacité lorsqu’elles tiennent compte des réalités humaines », estiment plusieurs experts.
Au terme de ces trois journées, les participants sont attendus sur des recommandations destinées à renforcer la résilience des communautés exposées et à mettre en place une stratégie nationale intégrée sur la mobilité climatique. Cette initiative intervient dans la continuité des réformes environnementales engagées ces derniers mois, notamment l’adoption de la Politique forestière nationale 2026-2035 et les débats autour de la protection des écosystèmes du Bassin du Congo. Les partenaires internationaux considèrent désormais que la capacité de la RDC à anticiper les déplacements liés au climat constituera un indicateur majeur de sa politique d’adaptation.
« Préparer aujourd’hui la gouvernance de la mobilité climatique, c’est investir dans la sécurité et la résilience des générations futures. »
Willy Ulengu Samuanda