
Fini les primes à la tête du client ? C’est en tout cas la promesse affichée ce jeudi 24 avril par Félix Tshisekedi. Depuis le Centre culturel et artistique pour les pays d’Afrique centrale (CCAPAC) à Kinshasa, le Président de la République a donné le coup d’envoi officiel des travaux d’élaboration d’une nouvelle politique salariale pour les agents publics de l’État. Un chantier titanesque, mais présenté comme historique.
Sous les dorures d’un cérémonial bien huilé, c’est un Chef de l’État déterminé qui a pris la parole.
« Il est temps que la loi des puissants ne prime plus sur la justice due aux plus modestes », a-t-il lancé, comme un coup de massue sur des décennies d’inégalités administratives.
Le ton est donné : justice, équité, transparence, les trois mantras de cette réforme qui veut casser les privilèges et redonner un sens à la rémunération publique.

Concrètement, le Président a exigé la mise en place d’une grille salariale unique, lisible et accessible à tous, prenant en compte le grade, l’ancienneté et les responsabilités, avec une application uniforme dans toutes les institutions. Autrement dit, fini les salaires à géométrie variable selon l’entregent ou les appartenances politiques.
Les primes ? Standardisées, « de manière transparente et équitable ». Un vœu pieux dans un pays où les compléments de rémunération sont souvent synonymes d’opacité et de clientélisme. Mais Félix Tshisekedi n’a pas tremblé :
« Je m’assurerai personnellement de la mise en œuvre de cette réforme ! », a-t-il martelé, prévenant qu’il ira jusqu’au bout malgré les résistances.

Jean-Pierre Lihau, le vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, a dégainé un premier levier pour financer cette réforme : un contrôle général des effectifs de l’État débutera dès le mois prochain.
« L’argent pour doubler voire tripler les salaires proviendra de cette opération », a-t-il promis. Traduction : les fictifs et doublons vont devoir se faire tout petits.
Un air de révolution soufflait donc dans l’amphithéâtre du CCAPAC, où Fidèle Kiyangi, Président de l’Intersyndical national de l’Administration publique, a salué un moment « sans précédent depuis l’indépendance ». On ne réforme pas un mammouth administratif à coups de slogans, mais ce jeudi, le Chef de l’État a voulu envoyer un signal fort : les dés sont jetés.

Ce tournant découle d’instructions données en juin 2024, lors du 3e Conseil des ministres du gouvernement Suminwa. Le Chef de l’État avait alors ordonné la construction d’une politique salariale plus juste, équitable, rationnelle et soutenable. Sous la coordination de la Première ministre, les ministres de la Fonction publique, du Budget, des Finances et la Présidence sont chargés de concrétiser l’affaire.