Washington | Le Ministre des Finances plaide au Département d’État américain pour l’éligibilité de la RDC au programme MCC

Il ne suffit plus de tendre la main. Il faut montrer patte blanche, chiffres en main. Ce mercredi 23 avril, dans les couloirs feutrés du Département d’État à Washington, le ministre congolais des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a endossé le costume d’avocat. Pas pour plaider une cause judiciaire, mais pour défendre une ambition : l’intégration de la République Démocratique du Congo au programme Millennium Challenge Corporation (MCC), instrument financier de l’aide américaine conditionnée aux « bonnes pratiques ».

Face à Corina Sanders, Sous-Secrétaire d’État américaine, le ministre a déroulé son argumentaire. Graphiques à l’appui, il a vanté la progression de la RDC sur l’indicateur CPIA (Country Policy and Institutional Assessment), passé à 3,2 sur 6. Une note certes modeste, mais au-dessus de la moyenne régionale d’Afrique subsaharienne (3,1). Une victoire d’étape, selon Kinshasa, dans un marathon de réformes où la transparence devient mot d’ordre.

Parmi les têtes d’affiche de ce ménage institutionnel : un projet de loi pour la création d’un Tribunal Pénal Économique et Financier, un décret imposant la déclaration de patrimoine aux agents publics — y compris leurs familles —, et l’activation du CONASAFIC, comité censé traquer les flux financiers illicites, dans un pays où le mot « corruption » colle à la peau du pouvoir depuis des décennies.

Des signaux, assure-t-on, d’une volonté politique assumée de rompre avec les pratiques opaques.

« La RDC change. Elle veut être prise au sérieux », souffle un conseiller du ministre sous couvert d’anonymat.

À Washington, où les scepticismes diplomatiques sont monnaie courante, le discours congolais entend rompre avec les figures imposées du désordre institutionnel.

Derrière ce plaidoyer, un enjeu : décrocher l’éligibilité au MCC. Ce programme, créé en 2004 par les États-Unis, lie l’aide financière au respect de critères stricts en matière de gouvernance, de libertés civiles et de gestion économique. Pour Kinshasa, c’est une promesse d’investissements dans les infrastructures, l’éducation, l’électricité, à condition de garder la ligne.

« Il ne s’agit pas de faire plaisir à l’Amérique, mais de construire une nouvelle RDC, crédible, efficace, tournée vers ses citoyens », a déclaré le ministre à la sortie de l’entretien, dans un couloir du Foggy Bottom où résonnaient encore les accents diplomatiques de la visite.

LUKEKA KALUME 

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