Urgence humanitaire | Le blocage des banques et des aéroports à l’Est de la RDC asphyxie 27 millions de civils selon l’ONU 

L’Est de la République démocratique du Congo s’enfonce dans une impasse humanitaire sans précédent, marquée par une paralysie logistique et financière qui condamne des millions de vies.

Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, James Swan, chef de la Monusco, a lancé un cri d’alarme sur l’urgence de rouvrir les infrastructures vitales de Goma et Kavumu. Pour le diplomate, la situation est sans appel : « Près de 27 millions de personnes, soit plus d’un quart de la population, souffrent d’insécurité alimentaire », une statistique qui traduit l’ampleur d’un désastre où l’aide humanitaire se heurte désormais à des portes closes.

Le verrouillage des banques à Goma et la suspension des vols aux aéroports stratégiques ne sont plus seulement des enjeux de guerre, mais des obstacles mortels pour les populations civiles. James Swan a exhorté les belligérants à mettre de côté les calculs politiques pour « donner la priorité aux besoins humanitaires en finalisant les accords nécessaires à la réouverture de ces infrastructures ». Cette asphyxie financière, née de l’occupation des zones clés par la rébellion de l’AFC/M23, empêche les familles d’accéder à leurs économies et bloque les flux nécessaires à la survie quotidienne.

La sécurité des humanitaires, véritables remparts contre la famine, est elle aussi gravement compromise sur le terrain. Condamnant les violences avec la plus grande fermeté, le responsable onusien a rappelé le lourd tribut payé par ceux qui portent secours : « Quatre travailleurs humanitaires ont été tués en RDC depuis le début de l’année », illustrant un climat d’hostilité qui rend l’assistance presque impossible. Cette insécurité généralisée justifie, selon Kinshasa, le maintien de la fermeture des institutions financières pour protéger les épargnants, malgré la pression croissante des populations meurtries.

Cette crise actuelle fait écho aux vaines tentatives de médiation internationale, notamment la conférence humanitaire organisée l’an dernier par la France et le Togo. Malgré les recommandations de l’époque pour une réouverture immédiate de l’aéroport de Goma, le bras de fer entre Kinshasa et l’AFC/M23 persiste, chaque camp se rejetant la responsabilité du chaos. L’avenir de la région dépend désormais d’un hypothétique compromis technique qui permettrait de dissocier l’urgence humanitaire des positions militaires, une perspective qui semble encore lointaine tant que le dialogue politique reste au point mort.

Willy Ulengu Samuanda

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