
Sous la houlette de Vital Kamerhe, la chambre basse du Parlement congolais a convoqué ce lundi une série d’explications ministérielles, entre expulsions urbaines controversées et projets de lois sur la sécurité et la justice économique.
À Kinshasa, le contrôle parlementaire s’intensifie alors que la session ordinaire de mars s’approche de son épilogue. Dans l’hémicycle, l’heure n’est plus aux applaudissements convenus mais aux interpellations rugueuses. Trois ministres étaient sur le gril : Jacquemain Shabani (Intérieur), Constant Mutamba (Justice) et Acacia Bandubola (Affaires foncières).


C’est cette dernière qui a ouvert le bal, répondant à une question d’actualité du député Gratien de Saint Nicolas Iracan Unem. L’élu de Bunia s’est indigné des démolitions d’habitations dans la commune de Kintambo, où plusieurs familles se sont retrouvées à la rue. Une manœuvre qualifiée d’« anarchique » par les habitants, mais que la ministre a défendue pendant quarante minutes comme une réponse « légitime » à l’occupation illégale de terrains appartenant à l’ONATRA. Objectif, dit-elle : rétablir l’autorité de l’État sur des domaines grignotés par le laisser-faire urbain.
Mais derrière les mots, une réalité bien plus brutale : la crise du logement à Kinshasa, la précarité foncière, et l’opacité des décisions exécutives. Car si l’Assemblée a entendu la ministre, elle n’a pas pu débattre de ses réponses. L’article 191 du règlement intérieur impose le silence.

Le ton est monté d’un cran lors de l’examen de deux projets de lois : l’un sur la réforme de la Police nationale congolaise, porté par le VPM de l’Intérieur, l’autre sur la création d’un Tribunal pénal économique et financier, défendu par le ministre de la Justice. Sur ce dernier texte, les députés n’ont pas mâché leurs mots, évoquant le risque d’un tribunal d’exception et une entorse à la Constitution.
« À quand la République des juridictions parallèles ? », ironise un parlementaire de l’opposition.

En réponse, le Ministre Constant Mutamba a tenté de rassurer : le nouveau tribunal, dit-il, ne vise qu’à « renforcer la lutte contre la délinquance financière », dans un pays où les détournements publics atteignent des sommets.
ESPÉRANT DANIEL KAMBULU