
Le Sénat s’apprête à trancher : lever ou ne pas lever l’immunité de Joseph Kabila ? Derrière les portes closes, un jeu d’équilibristes politiques se joue, sur fond d’accusations explosives.
À Kinshasa, ce jeudi 15 mai, c’est l’effervescence d’un genre particulier qui anime les couloirs du Palais du Peuple. L’ancien président Joseph Kabila, longtemps intouchable, pourrait voir ses immunités parlementaires s’effriter. Accusé par la justice de soutenir la rébellion du M23, l’homme fort de l’après-Mobutu pourrait passer du statut de figure tutélaire à celui de justiciable.
À huis clos, bien sûr. La séance au Sénat s’annonce discrète, confidentielle, presque pudique. Il s’agit, après tout, de débattre de l’opportunité d’exposer un ex-chef de l’État aux mains de la justice, pour des faits que l’histoire jugera peut-être un jour comme de haute trahison. Une commission technique devrait plancher sur la question dans un délai de 48 à 72 heures. Mais dans les couloirs, les langues se délient : « la décision politique semble déjà prise », confie une source anonyme à Stanis Tshiamala Bujakera, journaliste de Jeune Afrique. Une précision : « dans une optique de négociation ». C’est dire si l’affaire est moins judiciaire que diplomatique.

Depuis le 24 avril, la tension est montée d’un cran. Le ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a saisi le procureur général près la Cour constitutionnelle pour demander la dissolution du PPRD, le parti de Kabila. Et de rappeler, dans un ton sec mais légaliste, que l’article 5 du statut des anciens présidents impose réserve, dignité et loyauté. Or, l’ex-raïs aurait tout simplement franchi la ligne rouge en se rendant au Rwanda et dans les zones tenues par les forces rebelles, sans en référer à qui que ce soit.
L’ancien président, muet pour l’instant, n’a pas clairement démenti les accusations. Mais, pour la source de Jeune Afrique, au sein de la majorité présidentielle, on semble vouloir aller jusqu’au bout. Quitte à écorner une figure qui, hier encore, contrôlait toutes les manettes du pouvoir.
« C’est la politique », insiste, presque fataliste, cette source parlementaire.
Une manière de dire que le droit, ici, s’exerce en équilibre instable avec les rapports de force. Levée d’immunité ou pas, la symbolique est forte : en RDC, le temps de l’impunité semble révolu.