
À Kinshasa, les députés nationaux des commissions Défense et Sécurité, ainsi que Politique, Administrative et Juridique (PAJ), s’initient cette semaine aux rouages de la réforme de la Police nationale congolaise (PNC). Une formation de trois jours pour mieux légiférer, contrôler et accompagner un processus aussi stratégique que complexe, qui engage l’État congolais jusqu’en 2029.
Dans le cadre feutré du salon Virunga de l’hôtel Memling, le président de la commission Défense et Sécurité, Rubens Mikindo, a lancé mardi 20 mai l’atelier de renforcement des capacités parlementaires sur la gouvernance du secteur de la sécurité. En présence du vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, les élus se penchent sur un chantier d’envergure : transformer la PNC en une force républicaine, civile, et réellement au service des citoyens.

Organisé par le Programme d’appui à la réforme de la police (PARP), en partenariat avec le Centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité de Genève (DCAF), l’atelier vise à actualiser les connaissances des parlementaires. Car, selon Fatumata Diallo, cheffe d’équipe PARP-DCAF, le programme est entré dans sa troisième phase et s’achèvera en décembre prochain. À ce stade, le rôle du Parlement devient crucial.
« Il ne s’agit pas de créer une nouvelle unité, mais de changer de méthode », explique Charles Winji Wire, expert du Comité de suivi de la réforme de la police (CSRP).
À terme, la PNC devra tourner la page d’un fonctionnement inspiré de l’armée, pour adopter les standards d’une police civile : abandon des tenues, grades et équipements militaires, clarification des missions, et unicité de commandement.


Cette réforme prévoit une PNC structurée autour d’un commissaire divisionnaire à la tête d’une hiérarchie tripartite : administrative, judiciaire et gestion des ressources humaines. Elle repose sur un cadre stratégique ambitieux, comportant 19 objectifs majeurs.
« Si ces objectifs sont atteints, alors la réforme le sera aussi », affirme Winji Wire.
Le commissaire divisionnaire adjoint Sébastien Ebua Gobula, coordonnateur national de la Cellule de réforme de la police (CRP), n’a pas manqué d’alerter les députés sur les nombreux obstacles : manque de financements, formation insuffisante, agents proches de la retraite encore actifs, et surtout, une méconnaissance criante des effectifs. Seules quatre provinces (Kinshasa, Kasaï, Équateur et Ituri) disposent à ce jour de données fiables sur leur personnel policier.
Face à ces défis, le message est clair : le soutien du Parlement est indispensable.
« La réforme de la Police n’est pas une affaire de policiers seulement. C’est celle de toute la nation », a insisté Ebua Gobula devant les élus.
Il leur revient de veiller à l’exécution effective de la loi de programmation de la réforme 2025–2029.

Jacquemain Shabani, en sa qualité de ministre de tutelle, a pour sa part appelé à l’adoption d’un cadre légal à la hauteur des ambitions de la RDC. Car au-delà des textes, c’est bien la légitimité d’un État moderne, respectueux des droits et des citoyens, qui se joue à travers cette réforme.
ESPÉRANT DANIEL KAMBULU