Page Histoire : JB MPIANA OU LA RECHERCHE DE L’ÉQUILIBRE DANS L’ÉDUCATION (par Thomas Luhaka Losendjola)

La rumba congolaise et l’amour

Pour certains musicologues, la rumba est synonyme de l’amour; tellement la thématique de l’amour est prédominante dans les chansons congolaises. Ce phénomène, qui est réel, trouve une explication dans le contexte de la création de la musique congolaise moderne dans les années 1940-1950. En effet, pour combattre l’exode rural, le pouvoir colonial soumet l’installation dans Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) à certaines conditions.  Entre autres, il faut avoir un emploi. Cette condition va conduire à un déséquilibre démographique entre les hommes et les femmes dans la capitale congolaise. On y retrouve plus d’hommes que des femmes. La femme devient une denrée rare.

Certains musiciens congolais s’écartent de ce thème de l’amour

Par conséquent, la séduction devient un art très prisé par les kinois. C’est ainsi que le thème de l’amour peut être considéré comme une maladie congénitale de la rumba congolaise.
Mais de temps en temps, quelques artistes-musiciens congolais s’éloignent de ce chemin battu pour explorer d’autres thèmes de la vie sociale des congolais. Par exemple, Pascal Tabu Ley dit Rochereau va réfléchir, en 1966, sur la mort dans une très belle chanson intitulée  » Mokolo nakokufa  » (le jour de ma mort). Cette magnifique chanson, aux contours philosophiques, deviendra le premier disque d’or de la musique congolaise moderne.

Jean-Bedel Mpiana Tshituka et l’empereur Bokassa 1er

Un autre artiste-musicien de talent va aussi se lancer dans l’exploration d’autres thèmes que l’amour, en réfléchissant sur l’éducation des enfants. Il s’appelle JB MPIANA.
Jean-Bedel Mpiana Tshituka, de son vrai nom, est né le 2 juin 1967 à Kananga ( ancienne Luluabourg), chef-lieu de l’actuelle province du Kasai-central. Son prénom de Jean-Bedel lui ait donné en hommage au nouvel homme fort de la République Centrafricaine, le capitaine Jean-Bedel Bokassa. Le nouveau président centrafricain venait de renverser, le 1er janvier 1966, par un coup d’État, son propre cousin germain, David Dacko, premier président de la république Centrafricaine.
Le 4 décembre 1976, le président Jean-Bedel Bokassa sera couronné comme  » Empereur Bokassa 1er « . Est-ce par pure coïncidence que notre JB Mpiana national se fait appeler  » Souverain 1er  » ? Fermons cette parenthèse du prénom.

JB Mpiana, le taquin

En attendant une notice biographique complète sur ce chanteur, danseur-chorégraphe, auteur-compositeur de talent, nous allons plancher sur la chanson  » Éducation  » de son album en solo  » TH « , sorti en l’an 2000.
Dans cette belle mélodie de la rumba congolaise, JB Mpiana commence par taquiner ses adversaires en leur lançant : « Bozo sekisa nga ! Boza légers ; bokomela pema !  » (Traduction : vous me faites rire ! Vous êtes légers ; vous allez vous essouffler !).

La recherche de l’équilibre entre autoritarisme et laxisme

Après, dans la chanson proprement dites, JB Mpiana nous rappelle une évidence : aucun enfant n’a jamais demandé de naître. Il est le produit de la volonté des parents; qui doivent, par conséquent, assumer leurs responsabilités en assurant une bonne éducation à leur enfant. Mais quelle éducation faut-il donner à l’enfant ?
C’est ici que cette chanson de JB Mpiana devient intéressante sur le plan philosophique. Parce que cet auteur-compositeur, qui se fait appeler  » Bin-Adamu  » ( qui signifie en swahili  » fils d’Adam  » ou  » être humain « ), nous conseille  de trouver un équilibre entre l’autoritarisme et le laxisme.

L’éducation autoritaire

L’autoritarisme, qui apparaît dans la 2e strophe de la chanson, conduit les parents à imposer à leur progéniture leurs propres ambitions; en étouffant les talents de l’enfant. JB Mpiana nous donne, pour illustrer sa pensée, l’exemple de ce parent instruit qui oblige son enfant à obtenir un doctorat en droit ou une licence en économie. Alors que l’enfant avait d’autres projets pour sa vie.
JB Mpiana nous propose, pour éviter l’autoritarisme, qui conduit à des tragédies personnelles, la solution qui consiste à établir un dialogue avec l’enfant. Seul le dialogue conduira à l’épanouissement de la personnalité de l’enfant avec l’encadrement sage des parents.

L’éducation laxiste

Le laxisme, c’est à dire une éducation dans laquelle l’enfant est considéré comme un petit roi à qui on laisse tout faire, conduit inévitablement à l’ enfant-gaté. Cet enfant grandit en pensant qu’il est le centre du monde. La vie se chargera de le réveiller brutalement. Il deviendra un être frustré et malheureux. Dans la 4e strophe de sa chanson,  » Moto Pamba  » ( le vaurien, autre surnom du musicien) nous donne l’exemple d’une maman qui a un enfant unique et qui le considère comme son trésor. Personne n’a le droit de le corriger ou lui faire des remontrances, même s’il se conduit mal.

Le père indigne

Terminons avec la 3e strophe dans laquelle un père, par son comportement indigne (son enfant l’a croisé avec sa maîtresse et il le supplie de ne rien dire à sa mère) a perdu toute autorité sur cet enfant. L’éducation de cet enfant devient problématique.

Quelques extraits de la chanson « Éducation »

Voici les paroles de la 1ère, 2ème et 4ème strophes de la chanson en question avec notre libre traduction en français.

1° Muana te asengaki koya na mokili.
Papa na mama babalani, baboti muana

Ba dressaka nyama, moto ba edukaka ye
Ba forçaka éducation te

Basalaka nde appel na volonté ya muana
Botuni muana : olingi nini ?

2° Avis ya muana tango mosusu asala mosala ya maboko
Lokola papa na ye atanga, ako imposer muana.
Il faut ozala docteur en droit to licencié na économie !
Nakotosa baboti, muana asali volonté ya ba parents
Lelo a se retrouver nul, akomi koyima yima
Soki nga nakomi boye, po nasalaki choix na nga te !

4° Ndakisa ya mama oyo, abota muana se moko
Akomisi ye neti nzambe, ata muana wana asali mabe
Ba tantes, ba oncles na ye, babeti to bangangeli ye
Mama na ye asiliki : botikela nga lisu na nga,
Azali se moko wana !
Sans le savoir, yeba, a détruire muana na ye ; a encourager ye na mabe !

En français.

1°  » L’enfant n’a pas demandé de venir au monde
Papa et maman se sont mariés et ils ont fait l’enfant.

On dresse l’animal, on éduque l’homme;
On ne force pas l’éducation

On fait appel à la volonté de l’enfant.
On lui demande : que veux-tu ?

2° L’ambition de l’enfant est peut-être d’apprendre un métier manuel
Mais comme le père est un homme instruit
Il va imposer à son enfant de devenir docteur en droit ou licencié en économie
En obéissant à ses parents, l’enfant se soumet à leur volonté
Aujourd’hui, il se trouve médiocre, il est ballotté dans tous les sens.
Si je suis ainsi, c’est parce que je n’ai pas fait mon propre choix.

4° Prenons l’exemple de cette maman qui n’a eu qu’un seul enfant ;
Elle le considère comme un petit dieu, même si cet enfant se conduit mal.
Si ses tantes, ses oncles le corrigent ou le blâment,
Sa mère se fâche :  » ne touchez pas à mon précieux trésor,il est unique « .
Sans le savoir, saches-le, elle détruit son enfant, en l’encourageant dans le mal ! »

Bonne écoute à vous tous mes amis.
Merci beaucoup à JB Mpiana pour cette interpellation sociale.

Aimons-nous vivants !

Par Thomas Luhaka Losendjola

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