Bukavu, deux mois après | Banques fermées, insécurité nocturne, pillages et écoles à l’abandon

Bukavu, deux mois après sa chute, ne se relève toujours pas. Depuis le 14 février 2025, la capitale du Sud-Kivu vit sous la botte du M23/AFC, une coalition rebelle soutenue par le Rwanda. Deux mois d’un silence pesant de la communauté internationale, deux mois d’effondrement systémique d’une ville autrefois dynamique.

Le poumon économique de la région est à l’arrêt. Banques et institutions de microfinance, portes closes. L’argent liquide, introuvable. L’économie tourne au ralenti et la monnaie s’effrite, provoquant une inflation galopante. Les familles, déjà asphyxiées par les pénuries de produits de base, n’ont plus accès à leurs comptes ni à leur pouvoir d’achat. La faim gagne les quartiers.

La nuit, Bukavu se transforme en zone de non-droit. Des groupes armés non identifiés, peut-être tolérés par les nouvelles autorités de fait, pillent, tuent, violent. Quand ce ne sont pas eux, c’est la population elle-même qui bascule dans la violence, lynchant à tour de bras des présumés voleurs dans une justice de rue incontrôlable. L’État ? Absent. Disparu.

Dans les campagnes, l’accès est bloqué par les affrontements entre les Wazalendo et le M23/AFC. Les ONG ont déserté, laissant les hôpitaux sans médicaments. Les écoles survivent dans une léthargie : classes vides, enseignants impayés, frais scolaires inabordables. L’avenir s’assombrit pour toute une génération.

Le 14 février, l’entrée du M23/AFC s’était faite sans résistance. Depuis, 10 000 personnes ont fui vers le Burundi. Les pillages ont défiguré la ville. Et malgré les condamnations diplomatiques, rien ne bouge. À Walungu, à Kavumu, les combats continuent. Bukavu est seule. Et s’effondre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.