
Le gouvernement congolais a lancé, le 9 mai à Kinshasa, un atelier de formation destiné à intégrer le récit des crimes de masse commis en RDC dans l’enseignement primaire et secondaire. Une étape clé de la stratégie de Kinshasa pour institutionnaliser la mémoire collective.
Longtemps restée confinée aux cercles militants et aux commémorations annuelles, la notion de « Génocost » contraction de « génocide pour des gains économiques » s’apprête à devenir un pilier de l’instruction publique en République démocratique du Congo (RDC). Sous l’égide du ministère de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, des experts et inspecteurs se sont réunis à Kinshasa pour élaborer les outils pédagogiques qui porteront ce narratif auprès des plus jeunes.
L’initiative, soutenue par le Fonds national des réparations (Fonarev) et la Commission interministérielle d’aide aux victimes (CIA-VAR), répond à une volonté directe de la présidence de Félix Tshisekedi. Pour François Kakese, coordonnateur de la CIA-VAR, l’enjeu est double : scientifique et politique. Il s’agit de transformer une douleur nationale en un argumentaire « juridiquement opposable » sur la scène internationale.
« Pour que les crimes ne se reproduisent plus, il faut nourrir la conscience nationale. L’éducation est la voie par excellence pour alimenter cette mémoire », a-t-il affirmé. Ce processus ne se limite pas aux écoles : un atelier similaire a déjà été initié pour l’enseignement supérieur, marquant une volonté d’uniformiser le récit historique à tous les échelons de la société.
Le défi reste de taille : comment enseigner des décennies de conflits complexes sans tomber dans l’émotionnel ? Le Fonarev, par la voix de son directeur général adjoint Kevin Ngunga Makiedi, mise sur la « culture de la mémoire ». L’institution affirme disposer d’une documentation solide pour fournir des faits vérifiables aux enseignants.
La formation actuelle, qui regroupe vingt-cinq experts, vise à créer un « noyau national » de formateurs. Ces derniers devront transformer des concepts juridiques et historiques en fiches pédagogiques accessibles. Dès le mois de juin, une seconde phase prévoit la création de « clubs citoyens » dans les établissements scolaires, afin de transformer les élèves en ambassadeurs de cette mémoire.
Cette réforme éducative est le prolongement intérieur d’une offensive diplomatique plus large. Depuis la loi de décembre 2022 érigeant le 2 août en journée nationale du Génocost, Kinshasa multiplie les plaidoyers, de Genève à New York, pour obtenir une reconnaissance internationale des crimes commis sur son sol depuis les années 1990. En inscrivant le « Génocost » dans ses manuels scolaires, la RDC fait le pari que la résilience nationale passera, d’abord, par la maîtrise de sa propre histoire.
Willy Ulengu Samuanda