Santé pour tous à Kinshasa-RDC | L’Assemblée provinciale vote un édit historique pour briser le coût des soins

 

L’organe délibérant de la capitale congolaise a adopté un texte crucial pour le portefeuille médical des Kinois, tout en actant l’interpellation du ministre des Infrastructures face au délabrement de la voirie.

Vendredi 22 mai 2026. L’atmosphère des grands jours régnait dans l’hémicycle de l’Assemblée provinciale de Kinshasa (APK). Devant un parterre d’élus locaux, du corps administratif et des représentants des médias, les députés provinciaux ont validé deux dossiers majeurs qui touchent directement le quotidien des Kinois : l’adoption d’un édit protecteur sur les mutuelles de santé et la mise sous pression de l’exécutif provincial concernant l’état critique des infrastructures routières de la ville.

Initiée par le député provincial Mao Ntuené, la proposition d’édit fixant des mesures incitatives au profit des mutuelles de santé de Kinshasa a franchi l’étape ultime de son vote, après la présentation du rapport de la commission Politique, Administrative et Juridique (PAJ). Ce texte a pour ambition de briser le cycle de la précarité médicale en favorisant des soins de qualité à moindre coût.

S’inscrivant dans le sillage de la Couverture santé universelle (CSU) prônée par le sommet de l’État, cet édit s’appuie sur le cadre légal national de la mutualité pour contraindre la province à subventionner l’accès aux soins.

« Nous ne pouvons pas croiser les mains et laisser notre population continuer à souffrir alors que l’accès aux soins de qualité reste un luxe », a martelé l’honorable Mao Ntuené du haut de la tribune, visiblement satisfait de l’unanimité des élus autour de son texte.

Pour le législateur, l’enjeu est désormais financier. Lors de la Conférence des gouverneurs tenue en juin de l’année dernière, une directive présidentielle stricte avait rappelé aux provinces l’obligation d’allouer 15 % de leur budget annuel au secteur de la santé. L’édit voté ce vendredi offre le cadre juridique nécessaire pour que cette quote-part soit réellement mobilisée.

« C’est un pari gagné pour les habitants de Kinshasa ; nous disposons enfin d’un outil légal qui va droit au soulagement des vies sociales de nos administrés », a ajouté le député initiateur, pressant l’exécutif urbain de matérialiser ces allégements sur le terrain.

Si le volet social a scellé le consensus, la seconde partie de la plénière a donné lieu à des débats nettement plus âpres. L’Assemblée provinciale a officiellement approuvé l’interpellation adressée au ministre provincial des Infrastructures, Travaux publics, Urbanisme et Habitat, introduite par l’honorable Jared Phanzu Babaka.

Cette démarche parlementaire fait écho à l’exaspération grandissante de la population face aux chantiers routiers interminables et aux artères paralysées par les nids-de-poule. Les discussions qui ont entouré la recevabilité de cette interpellation ont mis en lumière les clivages profonds au sein de l’hémicycle, entre la volonté de contrôle de l’opposition et les tentatives de temporisation de la majorité.

« Face au calvaire quotidien des usagers de la route, l’exécutif doit des explications claires et chiffrées sur l’allocation des fonds de voirie », a fait observer un élu dans les couloirs.

Cette offensive parlementaire s’inscrit dans la continuité directe de la session ordinaire de mars 2026, caractérisée par une volonté affichée de rupture avec l’inertie des gestions précédentes. Lors de l’ouverture de la session, le bureau de l’APK avait promis de faire du contrôle de l’action gouvernementale sa priorité absolue, rappelant le faible taux d’exécution des projets d’infrastructures audités à la fin de l’exercice 2025.

L’approbation de l’interpellation de l’honorable Jared Phanzu ouvre une période de test pour le gouvernement provincial. Le ministre des Infrastructures dispose désormais d’un délai constitutionnel pour préparer sa défense et se présenter devant la plénière. Les perspectives d’avenir de l’équipe provinciale dépendront entièrement de la capacité du ministre à convaincre un hémicycle de plus en plus réticent à accorder des chèques en blanc, sous peine de voir cette procédure déboucher sur une motion de défiance. À Kinshasa, la rue et les élus surveillent désormais le même chronomètre.

 

Willy Ulengu Samuanda

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