
Vingt ans après son adoption, la loi fondamentale de la République démocratique du Congo passe sur le gril de la science. La ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU), Marie-Thérèse Sombo, vient de lancer un grand colloque national, prévu du 10 au 12 juin 2026, pour dresser le bilan de deux décennies de pratique démocratique. Comme l’a souligné la ministre lors de l’annonce du projet, « il ne s’agit pas de remettre en cause nos acquis, mais d’interroger la résilience de nos institutions face aux mutations du siècle ».
Ce rendez-vous académique, qui se déploiera simultanément dans les pôles de Kinshasa, Lubumbashi et Kisangani, vise à confronter le texte de 2006 aux réalités brutales du terrain : insécurité persistante à l’Est, explosion démographique et urgences climatiques. Les organisateurs estiment que si la Constitution a permis la première alternance pacifique au sommet de l’État, elle doit désormais s’adapter pour garantir une gouvernance plus agile.
« La science doit éclairer le politique pour que notre contrat social ne devienne pas obsolète face aux défis de la modernité », martèlent les experts du comité scientifique.
L’un des enjeux majeurs de ces assises sera l’analyse de la décentralisation et de la souveraineté territoriale, notamment à travers le prisme du « GENOCOST » et des obligations internationales de justice. Le pool de Kinshasa, qui englobe une vaste zone allant du Kongo Central au Sankuru, scrutera particulièrement l’efficacité des institutions provinciales. Selon les termes de référence du ministère, « l’objectif est de produire un diagnostic sans complaisance pour identifier les ajustements institutionnels nécessaires à la survie de notre État de droit ».
Ce débat intervient alors que plusieurs voix s’étaient déjà élevées, lors des cycles électoraux précédents, pour dénoncer certaines lourdeurs administratives héritées de l’accord de Sun City. En ouvrant ce cadre de réflexion, le gouvernement semble vouloir reprendre l’initiative sur la question sensible de la révision constitutionnelle, en lui donnant une caution scientifique indiscutable. Les recommandations issues de ce colloque devraient servir de boussole pour les futures réformes législatives, ouvrant ainsi une nouvelle ère pour la troisième République.
Willy Ulengu Samuanda