
Réunis à Bonn, en Allemagne, du 8 au 18 juin 2026, les négociateurs climatiques du monde entier peaufinent les principaux dossiers qui devront être tranchés lors de la prochaine conférence mondiale sur le climat, la COP31 prévue en novembre à Antalya, en Turquie. Parmi eux, la République démocratique du Congo, souvent présentée comme un « pays solution » face à la crise climatique, entend faire entendre sa voix sur les questions de financement, d’adaptation et de protection des écosystèmes stratégiques.
La 64e session des organes subsidiaires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (SB64) constitue le principal rendez-vous technique de l’année avant la COP31. Elle rassemble les délégations gouvernementales, les experts scientifiques, les organisations internationales, la société civile et les acteurs économiques autour d’un objectif commun : transformer les engagements politiques pris lors de la COP30 de Belém en mesures concrètes et applicables.
« Le temps est désormais à la mise en œuvre », résume l’esprit des discussions qui se tiennent actuellement à Bonn.
À l’ouverture des travaux, le secrétaire exécutif de la CCNUCC, Simon Stiell, a insisté sur l’urgence d’accélérer l’action climatique mondiale et de faciliter l’accès des pays en développement aux financements destinés à lutter contre les effets du changement climatique. Selon lui, les engagements déjà pris doivent désormais être traduits en résultats tangibles au bénéfice des populations les plus exposées aux catastrophes climatiques.
Les discussions portent notamment sur le financement climatique, l’adaptation, les pertes et préjudices, la transition juste, la transparence, le transfert de technologies ainsi que le renforcement des capacités des pays vulnérables. Ces thèmes sont considérés comme déterminants pour maintenir l’élan de l’Accord de Paris et répondre à l’aggravation des phénomènes climatiques observés à travers le monde.
« Les négociations techniques d’aujourd’hui conditionnent les décisions politiques de demain », soulignent plusieurs observateurs du processus climatique.
Dans ce contexte, les experts congolais participent aux différents groupes thématiques afin de défendre les priorités nationales. Leur présence s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer la place de la RDC dans les discussions internationales sur le climat, notamment en matière de préservation des forêts tropicales, de développement durable et d’accès aux financements verts.
La délégation congolaise bénéficie d’un argument de poids. Avec près de 155 millions d’hectares de forêts tropicales et d’importantes tourbières, la RDC abrite une part essentielle du bassin du Congo, deuxième plus grand massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie. Ces écosystèmes jouent un rôle majeur dans l’absorption du dioxyde de carbone et dans la régulation du climat mondial.
« Préserver le bassin du Congo, c’est contribuer à protéger l’équilibre climatique de la planète », rappellent régulièrement les autorités congolaises lors des grandes rencontres internationales sur l’environnement.
Les pays les moins avancés (PMA) ont, de leur côté, réaffirmé à Bonn leur volonté d’obtenir davantage de soutien financier et technique pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique. Quant au Groupe des 77 et la Chine, il plaide pour une coopération internationale renforcée, estimant que les réalités des pays en développement doivent être davantage prises en compte dans les politiques climatiques mondiales. Ces pays réclament notamment un accès plus simple aux financements, aux technologies et aux programmes de renforcement des capacités.
« L’action climatique ne peut être efficace sans justice climatique », défendent plusieurs délégations du Sud global.
Les travaux de Bonn interviennent quelques mois après la COP30 organisée à Belém, au Brésil, où les États avaient réaffirmé leur engagement à accélérer la mise en œuvre de l’Accord de Paris et à renforcer les mécanismes de soutien aux pays les plus vulnérables. La session SB64 est ainsi perçue comme un passage obligé pour transformer ces engagements en feuilles de route opérationnelles avant le rendez-vous décisif d’Antalya.
À l’approche de la COP31, les attentes restent élevées. Les négociateurs devront parvenir à rapprocher les positions sur le financement climatique, l’adaptation et la transition énergétique tout en répondant aux préoccupations des pays les plus exposés aux effets du changement climatique. Pour la RDC, dont le patrimoine forestier est devenu un enjeu mondial, ces discussions représentent une occasion stratégique de consolider son statut de « pays solution » et d’obtenir des engagements plus concrets en faveur de la protection du bassin du Congo. La réussite de cette démarche pourrait peser significativement sur les résultats attendus à Antalya, où la communauté internationale sera appelée à démontrer que les promesses climatiques peuvent enfin se traduire en actions mesurables et durables.
Willy Ulengu Samuanda

