
Vingt ans après son adoption, la Constitution de la Troisième République, texte fondateur censé stabiliser la République Démocratique du Congo, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un débat national passionné, suite au paysage politique qui a démontré ses insuffisances dans la gouvernance du pays.
Dans les rues de Kinshasa, le constat est clair : entre l’usure du temps et les réalités mouvantes du pays, la Loi fondamentale semble avoir pris ses distances avec le quotidien des Congolais. Une franche de la population, par la voix de mouvements sociaux, réclame désormais avec insistance sa révision.
Fabien Kalala, président d’un mouvement social, exprime avec force le sentiment d’un frein institutionnel : « Cette Constitution était un compromis de sortie de guerre, pas un projet de développement. Elle est devenue un carcan qui freine nos institutions. » Cette analyse reflète une préoccupation croissante quant à l’adéquation du texte actuel avec les défis contemporains du pays, notamment en matière de développement économique et de gouvernance. L’idée d’une Constitution trop restrictive, héritage d’une période de transition, semble gagner du terrain.
Au centre des revendications populaires, la durée du mandat présidentiel cristallise les mécontentements. Pour Jean-Pierre Mobeke, chauffeur de taxi, le quinquennat est jugé insuffisant pour impulser des projets d’envergure : « en cinq ans, on n’a pas le temps de construire des routes durables ; le mandat doit être porté à 10 ans ». Ce désir de stabilité pour mener des réformes structurelles est partagé par Mamie Kapinga, vendeuse au marché central, qui estime qu’un seul mandat ne suffit pas à transformer durablement la vie sociale. L’aspiration à une vision à plus long terme pour le développement du pays motive cette demande d’allongement du mandat présidentiel.
Parallèlement, la question de l’exclusivité de la nationalité suscite un vif débat, divisant les opinions. L’étudiant Aris Totote plaide pour une ouverture à la double nationalité, y voyant un moyen d’attirer l’expertise précieuse de la diaspora congolaise pour contribuer au développement national. À l’inverse, Tharcisse Mukendi, maçon, exprime une crainte pour la souveraineté du pays, martelant avec conviction : « le Congo doit rester aux Congolais à 100% ». Cet enjeu met en lumière la tension entre l’ouverture nécessaire à l’expertise extérieure et la préservation de l’identité nationale et de la souveraineté.
Cependant, cette dynamique de réforme se heurte à la prudence de certains légalistes qui redoutent une possible dérive autoritaire. Patience Matala, étudiante en droit, rappelle que « le droit doit suivre l’évolution de la société », mais d’autres acteurs de la société civile préfèrent souligner que le problème principal réside dans le manque criant d’application des textes existants. À vingt ans, la Constitution congolaise se trouve donc à un carrefour, reflétant les aspirations contradictoires d’un peuple qui, au-delà de la simple modification des articles, aspire avant tout à une justice sociale et à une émergence réelle de son pays. L’enjeu est de taille : trouver un équilibre entre la nécessité d’adapter la Loi fondamentale aux réalités présentes et la préservation des acquis démocratiques et de la souveraineté nationale.
Willy Ulengu Samuanda