Félix Tshisekedi fixe le passeport à 75 USD et charge Thérèse Kayikwamba d’en planifier le lancement

Félix Tshisekedi tape du poing sur la table. Et sur les prix. À l’issue du 39e Conseil des ministres, ce vendredi 11 avril, le Président de la République a annoncé la baisse du prix du passeport ordinaire biométrique à 75 dollars. Une décision aux allures de geste social fort, dans un pays où le document de voyage relève souvent du luxe.

C’est un vieux serpent de mer congolais qui revient avec une nouvelle peau : l’accessibilité du passeport. En 2019 déjà, Tshisekedi avait abaissé son prix à 99 dollars, dénonçant un racket administratif sous couvert de procédures techniques. Cinq ans plus tard, le voilà qui récidive, déterminé à rendre ce sésame « plus accessible » au commun des mortels. Un acte symbolique, social, mais aussi politique à l’approche d’un nouveau cycle post-électoral.

« Justice sociale, efficacité administrative, bonne gouvernance » : le triptyque présidentiel est brandi pour justifier cette mesure. Mais l’exécution devra être « rigoureuse, équitable, responsable », prévient-on dans le compte rendu du Conseil. Car l’enjeu n’est pas que budgétaire : il est aussi diplomatique et logistique.

Pour que le vœu présidentiel devienne réalité, Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État aux Affaires étrangères, est sommée de présenter un calendrier « clair et détaillé » du lancement officiel. Une concertation d’urgence est exigée avec ses homologues du Budget et des Finances. Objectif : donner une date, une vraie. Et, surtout, éviter le remake du flou artistique qui entoure depuis des années la délivrance du précieux document.

Car derrière la baisse du tarif se cache une autre révolution : la rupture (théorique) avec Semlex, le sulfureux opérateur belge soupçonné de corruption, toujours dans le collimateur de la justice fédérale. Officiellement écartée, la société continuerait pourtant, selon des enquêtes conjointes des médias Actualite.cd, Lighthouse Reports, Le Soir et De Standaard, à imprimer les passeports de la RDC… quatre ans après la fin de son contrat.

Censée tourner cette page, l’Allemande Dermalog a signé en 2022 un contrat de 48 millions de dollars sur cinq ans. La promesse : des passeports « modernes, sécurisés, conformes aux normes internationales ». Mais jusqu’ici, les effets tardent à se faire sentir. Entre reconductions provisoires, matériel qui traîne et opacité contractuelle, la transition peine à convaincre.

Le « passeport gate », lui, continue de peser lourd. En 2023, à peine 400 passeports étaient imprimés par mois, contre plus de 2 000 auparavant. Une chute qui illustre un système grippé où l’urgence devient norme et l’attente un sport national. En province comme à l’étranger, obtenir un passeport reste un chemin de croix.

 

LUKEKA KALUME

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