Kinshasa autrefois  » labelle aujourd’hui  » Poubelle » | Lucha Filimbi et Youth for peace RDC, mobilisent la jeunesse kinoise de kalamu pour arracher son droit constitutionnel à un environnement sain

Réunis en tribune d’expression populaire par la Lucha, Filimbi et Youth for Peace DRC, les jeunes de la capitale ont opposé les garanties écologiques de la Constitution à l’inaction des autorités communales. Un sursaut civique qui lie la propreté des rues à la transparence budgétaire.

À Kinshasa, la colline d’ordures n’est plus seulement un désastre sanitaire, elle devient le symbole d’une rupture de contrat entre l’État et ses citoyens. Le mercredi 27 mai 2026, le cœur de la commune de Kalamu a vibré au rythme d’une contestation intellectuelle et citoyenne d’envergure. Organisée par un consortium d’organisations pro-démocratie réunissant Youth for Peace DRC, Filimbi et la Lucha, une tribune d’expression populaire a rassemblé plus d’une centaine de jeunes et d’élus locaux autour d’une urgence absolue : « La gestion des immondices et la lutte contre l’insalubrité à Kinshasa ». « La plateforme Youth for peace DRC-Filimbi-Lucha a organisé une tribune d’expression populaire autour de la participation des jeunes dans la gouvernance locale », rappellent les organisateurs, déterminés à prouver que le nettoyage de la capitale est avant tout une affaire de volonté politique locale.

La souveraineté populaire face au fléau des bouteilles plastiques

Le premier axe des débats a mis en lumière le paradoxe d’une jeunesse qui représente plus de 60% de la population kinoise mais qui subit passivement la dégradation de son cadre de vie. Prenant la parole au nom des instances officielles, M. Djonga Manikanga, vice-président du Conseil National de la Jeunesse (CNJ) chargé des stratégies et techniques, a refusé de dédouaner les citoyens face à l’abandon des comportements civiques de base. « Cette responsabilité est partagée : il ne revient pas seulement au gouvernement de s’y engager, mais également au peuple en tant que souverain primaire de pouvoir dire ‘Non’ à l’insalubrité », a martelé le numéro deux du CNJ. Pour ce dernier, si chaque Kinois retrouve le réflexe élémentaire d’utiliser une poubelle, Kinshasa pourra enfin entamer sa mue et « être revêtue de sa plus belle robe comme d’antan ».

Cependant, ce sursaut de conscience individuelle se heurte immédiatement à l’absence criante d’infrastructures publiques de collecte, transformant les efforts des habitants en coups d’épée dans l’eau. Le CNJ a profité de cette tribune pour interpeller directement l’exécutif provincial sur le manque cruel de confiance et de ressources octroyées aux structures de jeunesse implantées dans les 24 communes de la capitale. « Il est important d’associer les jeunes dans les initiatives de développement », a insisté M. Djonga Manikanga, exigeant que les budgets d’assainissement de la ville-province soient décentralisés vers la base plutôt que d’être centralisés dans les bureaux opaques de l’Hôtel de ville.

Venue de la périphérie de Mont-Ngafula pour prêter main-forte à la jeunesse de Kalamu, la conseillère communale Peggy Ngolela a jeté un pavé dans la mare en décrivant la réalité d’une administration municipale en état de mort cérébrale. Pour cette élue directe du peuple, le manque de poubelles publiques et l’absence de sanctions contre les pollueurs créent un climat d’anarchie urbaine insupportable. « Si chacun de nous prend la conscience de jeter les immondices ou les déchets dans une poubelle, soit à la maison ou une poubelle publique, je pense que demain on aura de moins en moins de désordre », a-t-elle estimé, tout en exigeant l’instauration immédiate d’une véritable autorité de l’État à l’échelle des quartiers pour verbaliser les contrevenants.

Face à cette carence des pouvoirs publics, les mouvements citoyens ont décidé de substituer le droit à la fatalité. L’activiste Christophe Muhisa, représentant le collectif Filimbi, a rappelé aux participants que l’assainissement n’est pas une faveur demandée aux autorités, mais une obligation constitutionnelle stricte. « Nous recourons aux articles 53 et 54 de la Constitution, qui consacrent le droit de chaque Congolais à vivre dans un environnement sain, pour jouer notre rôle en tant que citoyens », a-t-il expliqué, rappelant au passage les dispositions protectrices de la loi nationale de 2011 sur l’environnement. Déplorant le manque chronique d’accompagnement de la part des bourgmestres, l’expert en gouvernance sociale a rappelé que sur le terrain, ses militants ne se contentent pas de théories : « La sensibilisation ne se fait pas seulement sur les médias ou les réseaux sociaux, mais également sur le terrain, c’est-à-dire que nous faisons régulièrement le salongo ».

L’histoire immédiate de cette semaine de mai 2026 démontre que la colère environnementale est le prélude à la contestation politique. Cette journée du mercredi 27 mai consacrée aux ordures a servi de détonateur à la seconde grande tribune organisée dès le lendemain, jeudi 28 mai, dans la même municipalité. En l’espace de 24 heures, les discussions ont glissé de la gestion des bouteilles plastiques vers la dénonciation de l’abandon des projets publics de l’État et du gel des compétences des nouveaux conseils communaux face à des bourgmestres nommés qui refusent de rendre des comptes.

Les perspectives d’avenir pour la ville de Kinshasa dépendront de la capacité du gouvernorat à transformer ces initiatives citoyennes en réformes structurelles avant le début de la grande saison des pluies de septembre. Si le gouvernement provincial intègre les brigades de salongo de la Lucha et de Filimbi dans un plan de contingence officiel et finance les structures du CNJ à la base, la capitale pourra endiguer les inondations meurtrières.

Dans le cas contraire, ces tribunes d’expression populaire se transformeront inévitablement en foyers de contestation politique majeure, et la jeunesse finira par descendre dans la rue non plus pour curer les caniveaux, mais pour exiger la démission d’un exécutif municipal dépassé par les immondices. À Sasa Studio, nous restons postés au coin des avenues ; car documenter l’état de nos rues, c’est mesurer le degré de dignité de notre République.

Willy Ulengu Samuanda

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