
Portée par un élan transpartisan ce vendredi 29 mai 2026, l’APK a validé la proposition de loi provinciale visant à imposer le respect du salaire minimum dans les entreprises de la capitale. Un texte à forte charge humaine initié par un élu de Ngaba, ancien journalier de la zone industrielle.
Peut-on bâtir l’émergence d’une mégapole de plus de 17 millions d’habitants sur l’exploitation invisible de ceux qui la font vivre ? L’Assemblée Provinciale de Kinshasa (APK) a choisi de répondre par la loi. Ce vendredi 29 mai 2026, au cours d’une séance plénière particulièrement dense à l’hémicycle de la Gombe, les députés provinciaux ont déclaré recevable la proposition d’édit portant mécanismes de promotion et de sauvegarde des salaires minima provinciaux des travailleurs du secteur privé.
« L’Assemblée provinciale de Kinshasa, à travers l’honorable Monplaisir Bolokole Lombo, s’est penchée sur une question de sécurité sociale, sur une question de la dignité, sur une question de l’assurance de l’assiette même des familles », résume le communiqué officiel signé par le rapporteur de l’organe délibérant, André Nkongolo Nkongolo et déclaré recevable par le président de l’assemblée provincial Lévi Mbuta Sangumpamba, marquant une rupture nette avec l’indifférence légendaire des législatures précédentes face au calvaire des travailleurs de l’ombre.
Derrière la rigueur des articles de cet édit se cache une trajectoire humaine qui résonne avec le quotidien de millions de Kinois. L’initiateur du projet, le député Monplaisir Bolokole Lombo, élu de la commune populaire de Ngaba, n’a pas puisé son inspiration dans les manuels d’économie descriptive, mais dans sa propre chair. Ancien travailleur journalier au sein de grandes firmes de la place telles qu’Okoplast ou la Simpa, il a rappelé à ses pairs la précarité des bas salaires et l’absence de couverture sociale qui détruisent les foyers de la périphérie kinoise.
« Moi qui vous parle, j’étais un moment journalier, je crois avoir travaillé chez Okoplast, chez Simpa… là où j’ai reçu des salaires qui n’étaient pas dignes, et cette question, on ne pouvait que la soulever aujourd’hui au niveau de l’Assemblée provinciale », a-t-il confessé à la sortie de la plénière, ému par l’accueil unanime de ses collègues.
L’accueil favorable réservé au texte s’explique par une démarche méthodologique participative, initiée bien avant le grand oral de ce vendredi. Conscient des enjeux économiques sous-jacents pour le patronat kinois, l’élu de Ngaba avait préalablement soumis sa copie aux différentes plateformes des élus pour recueillir leurs amendements, évitant ainsi le piège d’une proposition unilatérale.
« On n’a pas voulu présenter quelque chose au nom des Kinois de manière unilatérale : on a voulu solliciter les inquiétudes des uns et des autres, voilà pourquoi aujourd’hui il n’y a pas eu de blocages, mais des réactions très prolifiques qui ont touché au cœur la sécurité sociale », s’est félicité le parlementaire.
Sur le plan strictement politique, cette initiative kinoise ne navigue pas à contre-courant. Elle s’inscrit en réalité dans le sillage de la politique sociale dictée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, dont le gouvernement central fait du respect rigoureux du SMIG national le fer de lance de sa lutte contre la pauvreté urbaine.
« Cela n’émane pas de ma seule réflexion : la question était déjà soulevée au niveau du gouvernement central, à travers la Première ministre qui reste inébranlable en ce qui concerne le SMIG, et nous n’avons fait que la décliner et la consolider au niveau provincial », a précisé le député Bolokole.
En s’appuyant sur les dispositions de la Constitution de la République qui sanctuarisent le droit à une rémunération décente, l’APK tente de doter la ville d’un arsenal coercitif pour inspecter les entreprises et sanctionner les abus des employeurs du secteur privé.
Ce sursaut social coïncide avec un autre grand chantier de rationalisation financière au sein de l’hémicycle provincial. Parallèlement aux débats sur les salaires, les députés ont examiné et approuvé ce même vendredi le rapport de la commission Économique, Financière et de Contrôle Budgétaire (ECOFIN) concernant la proposition d’édit du député Olivier Niangi Kahonda, élu de Kisenso, fixant les modalités de gestion des emprunts intérieurs de la ville. Un doublé législatif qui démontre la volonté de l’APK de réformer simultanément les finances de l’Hôtel de ville et le pouvoir d’achat des ménages.
La force de cet édit social réside désormais de la célérité des travaux de la commission mixte paritaire qui devra intégrer les derniers amendements techniques avant le vote final et la promulgation par le Gouverneur. Si le texte est appliqué avec rigueur d’ici le second semestre de l’année 2026, les services de l’inspection urbaine du travail disposeront enfin du pouvoir de sceller les entreprises réfractaires au salaire minimum.
Dans le cas contraire, cette loi provinciale rejoindra le cimetière des textes de bonnes intentions, laissant les journaliers de Kinshasa face à la fatalité de la sous-rémunération. À Sasa Studio, nous suivrons de près les délibérations de la commission ECOFIN ; car on ne peut pas construire la grandeur d’une capitale sur le dos cassé de ceux qui se lèvent à l’aube pour la faire tourner.
Willy Ulengu Samuanda