
La capitale congolaise a été le théâtre, cette semaine, d’une réflexion sociétale d’envergure lors de la deuxième édition de « La Table des Yaya », tenue au Z Restaurant, dans l’immeuble Matrix à Gombe. Réunissant experts, journalistes et citoyens autour de la fondatrice Bitshilualua Kabeya et de la coordinatrice Johanna Bukasa-Mfuni, cette rencontre a mis en lumière une réalité domestique trop longtemps occultée : le poids des responsabilités précoces imposées aux filles aînées dans les familles congolaises.
« Responsabiliser un enfant est nécessaire, mais il faut aussi le protéger », a martelé la fondatrice, Bitshiluxe, pour résumer l’urgence de redéfinir les équilibres familiaux.

L’initiative, née du propre parcours de Bitshiluxe entre Kinshasa et l’Europe, interroge la transmission des valeurs et le poids des traditions dans une société en pleine mutation. Selon elle, le foyer familial demeure le socle fondamental où se forgent l’identité et la résilience, et c’est précisément là que des ajustements doivent s’opérer pour éviter l’épuisement prématuré de nos jeunes.

« Tout commence à la maison », a-t-elle insisté, plaidant pour une solidarité familiale qui ne se transforme jamais en une charge psychologique entravant le développement personnel de l’enfant.
Les débats ont révélé une réalité poignante, où nombre d’adolescentes, contraintes de pallier l’absence parentale, sacrifient leur épanouissement pour assurer la survie domestique et l’encadrement des cadets. Ces récits illustrent des blessures invisibles, souvent tues, qui marquent profondément le passage à l’âge adulte et influencent durablement la santé mentale des futures femmes.

« La responsabilité précoce peut laisser des blessures invisibles », a souligné l’intervenante, appelant les parents à redevenir les premiers remparts contre ce sacrifice involontaire de l’enfance.
L’approche défendue ne rejette pas l’héritage culturel congolais, qui accorde une place prépondérante aux aînés dans la cohésion de la lignée, mais elle en appelle à une évolution des pratiques pour mieux protéger les plus vulnérables. Face à la méfiance persistante envers les consultations psychologiques, souvent perçues à travers le prisme des préjugés, la fondatrice invite les professionnels de la santé mentale et la famille élargie à s’impliquer davantage pour soutenir ces jeunes aînées.
« Je veux que les générations qui arrivent puissent grandir avec plus d’écoute, plus de dialogue et davantage d’accompagnement », a-t-elle confié, illustrant son engagement par sa propre expérience personnelle.

Cette édition s’inscrit dans le sillage de la première rencontre, qui avait amorcé une prise de conscience salutaire sur ce sujet tabou, rejoignant ainsi les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur l’impact durable des expériences infantiles. À l’avenir, les organisateurs ambitionnent d’élargir cet espace de dialogue aux éducateurs et leaders communautaires afin de bâtir un environnement familial où les responsabilités sont harmonieusement partagées. En refusant d’opposer modernité et tradition, ce mouvement espère insuffler des pratiques éducatives plus équilibrées, essentielles au bien-être des familles congolaises de demain.
Lina