
La protection des forêts congolaises et la lutte contre le changement climatique étaient au cœur d’une réunion organisée le 5 juin à Kinshasa autour de l’Initiative mondiale pour l’observation des forêts (GFOI). Cette rencontre a réuni plusieurs acteurs impliqués dans la gouvernance environnementale afin d’évaluer les progrès réalisés dans la surveillance du couvert forestier et du carbone, deux éléments devenus essentiels pour la gestion durable des ressources naturelles.
« Mieux observer les forêts, c’est mieux les protéger », ont souligné plusieurs participants au cours des échanges.
Pour la République démocratique du Congo, l’enjeu dépasse largement le cadre environnemental. Avec une part importante du bassin du Congo, qui constitue le deuxième plus vaste massif forestier tropical du monde après l’Amazonie, le pays occupe une position stratégique dans les efforts mondiaux de lutte contre le réchauffement climatique.
« Les forêts congolaises sont un patrimoine national à portée mondiale », rappellent régulièrement les spécialistes des questions climatiques.
L’Initiative mondiale pour l’observation des forêts accompagne les pays tropicaux dans le développement de systèmes modernes de surveillance forestière. Grâce aux images satellitaires, aux technologies numériques et aux méthodologies scientifiques reconnues à l’échelle internationale, ces outils permettent de suivre avec précision l’évolution des forêts, les variations des stocks de carbone ainsi que les impacts de la déforestation.
« La donnée fiable est devenue la première ressource de la gouvernance environnementale », estiment les experts du secteur.
Les discussions ont particulièrement porté sur le renforcement des systèmes nationaux de surveillance des forêts et du carbone. Ces mécanismes sont aujourd’hui indispensables pour mesurer les changements qui affectent les écosystèmes forestiers et fournir aux décideurs des informations fiables pour orienter les politiques publiques. Dans un contexte marqué par la pression démographique, l’exploitation des ressources naturelles et les effets du changement climatique, la qualité des données environnementales devient un enjeu majeur.
« On ne peut gérer efficacement que ce que l’on est capable de mesurer », rappellent les spécialistes.
La réunion a également mis en lumière l’importance de ces dispositifs dans la mise en œuvre du mécanisme REDD+, destiné à réduire les émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts. Ce programme international permet aux pays qui préservent leurs forêts de bénéficier de financements fondés sur les résultats obtenus. Pour la RDC, qui ambitionne de valoriser davantage son rôle écologique mondial, la crédibilité des systèmes de suivi représente un élément déterminant.
« La confiance des partenaires repose sur la fiabilité des données produites », soulignent les acteurs du secteur.
Les échanges ont aussi porté sur les inventaires nationaux des gaz à effet de serre, exigés dans le cadre des engagements pris par les États signataires de l’Accord de Paris sur le climat. Ces inventaires permettent d’évaluer les émissions et les absorptions de carbone et constituent un outil essentiel pour suivre les progrès accomplis dans la lutte contre le changement climatique.
« Les engagements climatiques ne peuvent être crédibles sans mécanismes de mesure rigoureux », rappellent plusieurs organisations internationales.
La société civile congolaise a également pris part aux travaux à travers le Groupe de Travail Climat REDD+ Rénové (GTCRR). Sa participation a permis de rappeler l’importance d’une gouvernance inclusive associant les communautés locales, les organisations citoyennes et les institutions publiques.
« Les populations qui vivent au contact des forêts doivent être au cœur des solutions », ont insisté plusieurs intervenants.
Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique plus large engagée depuis plusieurs années par la RDC pour améliorer la transparence dans la gestion de ses ressources naturelles. Lors des précédentes conférences internationales sur le climat, notamment les différentes éditions de la COP, les autorités congolaises ont régulièrement mis en avant le rôle stratégique du bassin du Congo dans la régulation climatique mondiale. Les partenaires internationaux ont pour leur part insisté sur la nécessité de renforcer les capacités techniques nationales afin de garantir un suivi fiable des écosystèmes forestiers.

À l’avenir, le développement de systèmes performants de surveillance forestière pourrait permettre à la RDC de mieux protéger ses forêts, d’améliorer son accès aux financements climatiques et de consolider sa position de « pays-solution » face aux défis environnementaux mondiaux. Alors que les enjeux liés au climat occupent une place croissante dans les politiques internationales, la maîtrise des outils d’observation et de suivi apparaît désormais comme un levier stratégique de souveraineté environnementale.
« Préserver les forêts du Congo, c’est investir dans l’avenir de la planète », concluent les experts. Pour Kinshasa, l’ambition est désormais de transformer ce potentiel écologique exceptionnel en opportunité durable de développement et de coopération internationale.
Willy Ulengu Samuanda


