
Alors que les négociations préparatoires à la prochaine Conférence mondiale sur le climat se poursuivent à Bonn, en Allemagne, plusieurs organisations de la société civile et représentants africains accusent le pays hôte d’entraver la participation de certaines délégations en raison de difficultés persistantes dans la délivrance des visas. Une situation qui ravive les débats sur l’équité et l’inclusion dans la gouvernance climatique mondiale.
« On ne peut pas parler de justice climatique lorsque tous les acteurs ne peuvent pas accéder à la table des négociations », résument plusieurs organisations engagées dans le suivi des discussions climatiques internationales.
Réunis jusqu’au 18 juin dans la ville allemande de Bonn, les représentants des 194 États membres de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) préparent les principaux dossiers qui seront débattus lors de la prochaine Conférence des parties (COP).
Dès l’ouverture des travaux, des critiques ont émergé concernant les conditions d’accès à ces réunions. Dans un communiqué publié le 9 juin, plusieurs organisations de la société civile ont dénoncé ce qu’elles qualifient de discrimination administrative à l’encontre des délégués africains. Elles estiment que certains représentants accrédités rencontrent des obstacles importants pour obtenir à temps les documents leur permettant de rejoindre l’Allemagne.
« L’accès aux négociations climatiques doit être garanti à tous les États membres sans distinction », affirment ces organisations.
Selon elles, l’Allemagne, qui accueille le secrétariat de la Convention climat de l’ONU à Bonn, a l’obligation de faciliter l’entrée sur son territoire des délégués officiellement accrédités auprès des Nations unies, conformément aux engagements liés à l’accord de siège conclu avec l’organisation internationale.
Cette polémique intervient dans un contexte où les pays africains réclament une représentation plus forte dans les discussions sur le financement climatique, l’adaptation aux changements climatiques et les mécanismes de compensation des pertes et dommages.
« Les pays les plus exposés aux conséquences du réchauffement doivent pouvoir défendre leurs intérêts directement », rappellent régulièrement les négociateurs africains.
Le sujet n’est pas nouveau. Lors de précédentes conférences climatiques, notamment durant les années marquées par les restrictions sanitaires ou les difficultés administratives liées aux déplacements internationaux, plusieurs délégations africaines avaient déjà dénoncé des problèmes similaires. Des organisations environnementales avaient alors alerté sur le risque de voir certaines régions du monde sous-représentées dans des négociations dont les décisions ont pourtant des conséquences globales.
Pour les observateurs, ces difficultés soulèvent une question plus large : celle de l’égalité d’accès aux espaces de gouvernance internationale.
« La crédibilité du processus multilatéral dépend de sa capacité à garantir une participation universelle », soulignent plusieurs experts du climat.
Les négociations de Bonn sont en effet considérées comme une étape stratégique avant la COP31, où doivent être approfondis plusieurs dossiers sensibles liés au financement et à la mise en œuvre des engagements climatiques.
À ce stade, les accusations formulées par les organisations de la société civile reposent sur des cas signalés de retards ou de difficultés dans l’obtention de visas. Les autorités allemandes n’avaient pas encore officiellement répondu à l’ensemble de ces critiques au moment de la publication des informations. Aucun élément public ne permet pour l’instant d’établir l’existence d’une politique délibérée d’exclusion. En revanche, les préoccupations concernant les procédures de visas dans le cadre des grands rendez-vous internationaux sont documentées depuis plusieurs années par diverses organisations internationales.
L’évolution de ce dossier sera suivie de près dans les prochains jours. Au-delà de la question administrative, l’enjeu porte sur la capacité des négociations climatiques à rester véritablement inclusives à l’heure où les pays africains, parmi les plus vulnérables aux effets du changement climatique, demandent une place plus importante dans les décisions qui façonneront l’avenir environnemental de la planète.
« Une transition climatique juste commence par une participation équitable de tous », rappellent de nombreux acteurs engagés dans ces discussions.
Willy Ulengu Samuanda