
C’est un succès au goût amer. Friedrich Merz, figure de proue de la droite allemande, a été élu Chancelier ce mardi 6 mai au terme d’un second tour de scrutin tendu au Bundestag. Un scénario inédit dans l’histoire politique de l’Allemagne fédérale qui témoigne de la fragilité de la nouvelle majorité au pouvoir, dans un pays en proie à de multiples turbulences.
À 69 ans, le chef de file de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) succède au social-démocrate Olaf Scholz avec 325 voix en sa faveur, dépassant de justesse les 316 requises. Une victoire, certes, mais précédée d’un revers embarrassant : plus tôt dans la matinée, il avait échoué à se faire élire dès le premier tour, victime d’une fronde interne qui a laissé planer le doute sur sa légitimité.
Ce couac parlementaire révèle d’emblée les fragilités d’une coalition composite, réunissant la CDU, les libéraux du FDP et les Verts, mais déjà minée par des divergences de fond. L’ascension de l’extrême droite, l’effritement du consensus politique et les tensions sociales rendent la tâche du nouveau chancelier particulièrement périlleuse.
Friedrich Merz hérite d’un pays fracturé, secoué par une crise économique persistante et une perte de confiance dans ses élites. S’il promet stabilité et relance, son mandat débute sous le signe de la défiance. Il devra notamment composer avec les critiques, y compris dans son propre camp, suscitées par son revirement sur les règles strictes de rigueur budgétaire – sacrifiées pour financer un ambitieux programme de réarmement face à la menace russe et au retrait progressif des États-Unis du théâtre européen.
Sur le plan international, la chancellerie Merz est scrutée avec attention. Dès ce mercredi, il entame une mini-tournée diplomatique à Paris et Varsovie, dans une tentative de réanimer le moteur franco-allemand et de consolider l’axe centre-européen. Emmanuel Macron a salué un « moment de relance » pour l’Europe, tandis qu’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, a salué un « connaisseur de l’Europe » à la tête de la première économie du continent.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a, de son côté, exprimé son espoir de voir Berlin jouer un rôle accru dans le soutien à Kiev, tandis que Giorgia Meloni a insisté sur la nécessité d’une synergie italo-allemande pour « affronter les défis internationaux ».
LUKEKA KALUME