
Réunies ce jeudi 28 mai 2026 à Kalamu, les plateformes Lucha, Filimbi et Youth for Peace DRC ont appelé à un audit populaire des chantiers de l’État. Une révolte démocratique qui met à nu la paralysie des nouveaux conseils communaux face à l’exécutif.
À Kinshasa, la démocratie locale ressemble de plus en plus à une coquille vide, et la jeunesse citoyenne refuse de contempler ce naufrage sans réagir. Ce jeudi 28 mai 2026, la commune de Kalamu a servi de caisse de résonance à une interpellation politique majeure lors d’une tribune d’expression populaire co-organisée par les mouvements pro-démocratie Filimbi, la Lucha et Youth for Peace DRC. Sous le thème hautement stratégique de « L’engagement des jeunes dans le suivi parlementaire citoyen des projets publics de l’État », ces organisations ont sonné le tocsin face à l’abandon systématique des chantiers publics dans les 24 municipalités de la capitale.
« Les mouvements citoyens Filimbi, LUCHA et Youth for Peace DRC ont appelé les jeunes à participer activement à la gouvernance publique et à renforcer le contrôle citoyen des actions de l’État », résume un modérateur de la rencontre, constatant l’effritement continu du lien de confiance entre la base et les décideurs.
Le mirage de la décentralisation et l’hypocrisie des projets fantômes
Au cœur des débats, la Constitution de la RDC a été invoquée non comme un traité abstrait, mais comme un outil de développement confisqué. L’avènement des Entités territoriales décentralisées (ETD), censé rapprocher la gestion des ressources des priorités de chaque quartier, se heurte au mur de l’opacité financière de l’Hôtel de ville. Plusieurs participants ont témoigné, cartes et photos à l’appui, de l’arrêt brutal de travaux d’infrastructures routières ou sanitaires dans leurs communes respectives, des chantiers financés par le Trésor public mais abandonnés sans la moindre explication officielle.
« Le véritable développement d’une communauté part de la base ; lorsqu’il y a un manque d’informations, il devient difficile pour les citoyens de suivre les décisions prises par les parlementaires », a dénoncé Christophe Muhisa, militant de première heure du mouvement Filimbi et expert reconnu en gouvernance locale.
Cette panne sèche de la redevabilité publique s’explique également par le sevrage politique imposé aux nouveaux animateurs de la démocratie de proximité. Pour les experts présents, le manque de canaux d’information institutionnels isole délibérément la population de l’action de ses élus.
« À travers cette activité, les mouvements citoyens souhaitent encourager une culture de participation citoyenne afin de permettre aux communautés locales de mieux suivre l’exécution des projets publics », insiste un cadre de Youth for Peace, estimant que le secret entretenu autour des lignes budgétaires municipales relève d’une volonté délibérée de contourner le contrôle citoyen.
Le cri du cœur des conseillers communaux, otages du statut quo
Le moment le plus électrique de cette matinée est survenu lors de la prise de parole des élus locaux, qui ont étalé au grand jour leur impuissance face à des bourgmestres qui les ignorent. Une conseillère communale de la commune populaire de Makala a résumé le désarroi de ses pairs, privés de bureaux, de salaires et de considération institutionnelle depuis leur installation.
« Nous n’avons même pas un cadre de travail idéal, personne ne s’occupe réellement de nous », a-t-elle regretté avec amertume. Le nœud du problème est avant tout électoral : tant que la CENI repoussera le scrutin indirect des bourgmestres, ces derniers, nommés par ordonnance, ne se sentiront jamais redevables devant les conseillers communaux élus par le peuple.
« L’organisation des élections des bourgmestres peut aider le pays à avoir des élus redevables ; au stade actuel, ils sont tous nommés et ne sentent aucune obligation envers nous », a-t-elle ajouté.
Ce réquisitoire fait directement écho aux conclusions de la tribune populaire organisée hier mercredi à la paroisse Saint-Joseph de Matonge, où la gestion opaque des taxes d’assainissement et l’inaction face à l’insalubrité avaient déjà mis en cause la responsabilité des exécutifs communaux. En l’espace de 48 heures, Kalamu est devenue le laboratoire d’un ras-le-bol civique global qui lie l’échec des projets urbains à la centralisation excessive des pouvoirs autour de l’appareil provincial de la Gombe.
Ce bras de fer entre la rue et les municipalités dépendront de la réactivité des institutions nationales d’ici l’examen de la loi de reddition des comptes au Parlement. Les mouvements citoyens ont annoncé la mise en place de brigades de « auditeurs citoyens » pour répertorier chaque chantier inachevé de Kinshasa et transformer ces données en plaintes judiciaires formelles.
Si la CENI n’intègre pas le scrutin des bourgmestres dans son calendrier d’ici la fin de l’année 2026, la rupture sera totale et les conseils communaux risquent d’entrer en rébellion ouverte contre leurs administrations. À Sasa Studio, nous garderons nos projecteurs braqués sur ces élus de l’ombre ; car si la démocratie meurt à l’échelle de la commune, c’est toute la République qui s’effondre.
Willy Ulengu Samuanda

