
Un village effacé de la carte. Des corps retrouvés dans la boue, des familles arrachées à la vie dans leur sommeil, et le silence lourd des disparus. À Kasaba, petit village niché sur les rives du lac Tanganyika dans le territoire de Fizi (Sud-Kivu), la nature a frappé sans prévenir.
Dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 mai, les eaux en furie du lac et des rivières environnantes ont englouti maisons, champs, et vies humaines. Le bilan est accablant : 62 morts, une trentaine de blessés, 150 habitations détruites, et une population désormais à genoux.
Le communiqué est tombé comme un couperet. Sobre, laconique, il émane du porte-parole du gouvernement provincial du Sud-Kivu.
« 62 morts confirmés, un nombre indéterminé de personnes portées disparues, les recherches se poursuivent », peut-on y lire.
Dans cette mer de douleur, des enfants et des femmes figurent parmi les blessés, tandis que les secours peinent à atteindre certaines zones isolées par les eaux.

Les images – quand elles existent – montrent un paysage apocalyptique. Une école effondrée, des cahiers souillés de vase, des toits en tôle tordus par la puissance du courant, des habitants hagards, les pieds dans l’eau, les yeux dans le vide. Le gouvernement parle de « pertes importantes des biens matériels », mais aussi de « champs agricoles ravagés ». Autrement dit : la faim et la misère en ligne d’horizon.
Kasaba n’est pas seule. Quelques mois plus tôt, Kakone, son village voisin, subissait une catastrophe similaire. Les promesses de reconstruction, si elles ont existé, semblent s’être diluées dans les flots. Cette fois encore, le gouverneur appelle à l’aide, espérant que l’écho de la tragédie parvienne à sortir du huis clos congolais.
Dans un pays où l’eau est souvent synonyme de vie, elle aura cette nuit-là été porteuse de mort.
LUKEKA KALUME