
Fizi, Sud-Kivu. La terre s’est ouverte, la rivière a débordé, et le village de Kasaba s’est effondré. Dans ce coin reculé du littoral du lac Tanganyika, le silence n’est rompu que par les cris étouffés des rares survivants. Il y a quelques jours le nombre de décès s’élevait à 62, l’actuel, mais encore provisoire, fait état de 110 morts. Et peut-être davantage sous les décombres. Le drame a frappé à l’aube du 9 mai, sans prévenir, sans pitié.
« Plusieurs dégâts matériels, des maisons détruites, et des corps que l’on retrouve encore difficilement », confie Samy Kalondji, administrateur du territoire de Fizi, dans un communiqué.
Le pays pleure, encore. Une fois de plus, une catastrophe naturelle frappe l’Est de la République démocratique du Congo, déjà ravagé par la guerre et l’insécurité.
Dominique Asakya, président de la Nouvelle société civile congolaise (NSCC), est amer :
« Nous sommes choqués par l’ampleur des dégâts. Seule une dizaine de corps a été récupérée », souffle-t-il.
Les recherches se font à mains nues, dans la boue et les pierres, au cœur d’un paysage désormais méconnaissable.


Un cauchemar qui se répète. En mai 2024 déjà, le Tanganyika, géant lac frontalier partagé avec le Burundi et la Tanzanie, avait fait des siennes : les rivières Mulongwe, Kalimabenge et Kavinvira avaient débordé, semant chaos et mort dans les provinces de Tanganyika et du Maniema. En juillet, la crue avait même englouti la route d’Uvira à Salamabila. Un conducteur y avait laissé la vie.
À Fizi, l’heure est au deuil, mais aussi aux appels à l’aide. Les autorités, prévenues, tardent à répondre. Kasaba est un cri dans l’indifférence. Un cri de détresse lancé depuis la boue, les débris, les souvenirs éparpillés.
« C’est avec amertume et un cœur douloureux », écrit Jean de Dieu Mabiswa, administrateur d’Uvira, dans un message de compassion à son homologue de Fizi.