
La préservation du patrimoine culturel passe d’abord par la transmission de l’histoire aux nouvelles générations. C’est le message porté par Ytal Mwena Lumpungu, princesse (Ndalamumba) du peuple Songye, qui a plaidé pour une meilleure valorisation de l’héritage ancestral de cette communauté de la province du Lomami.
Dans un entretien, elle a appelé les Congolais à redécouvrir leurs origines afin de préserver une mémoire qu’elle estime menacée par l’oubli.
« Un peuple qui connaît son histoire protège mieux son avenir », a affirmé la princesse Songye.
Selon elle, la culture constitue un levier essentiel pour renforcer l’identité collective. Elle invite les familles à transmettre leurs récits, à encourager les recherches historiques et à produire davantage de contenus pédagogiques consacrés aux traditions congolaises.
Évoquant son rôle de Ndalamumba, Ytal Mwena Lumpungu explique que cette responsabilité s’inscrit dans la continuité de l’histoire du royaume Lumpungu. Elle estime que cet héritage lui confère le devoir de contribuer à la sauvegarde de la mémoire de son peuple.
« Chaque génération a la responsabilité de transmettre ce qu’elle a reçu », a-t-elle déclaré.
La princesse a également insisté sur la place des autorités coutumières dans la conservation du patrimoine. Selon elle, les chefs traditionnels demeurent les premiers gardiens des langues, des coutumes et des valeurs qui fondent l’identité des communautés. Elle plaide pour un dialogue plus étroit entre les autorités coutumières et les jeunes afin de favoriser la transmission des savoirs ancestraux.
Abordant les défis auxquels fait face le patrimoine Songye, l’intervenante a regretté le faible nombre de publications consacrées à l’histoire, à la philosophie, à l’organisation sociale et à la spiritualité de cette civilisation, alors même que les sculptures et les masques Songye bénéficient d’une reconnaissance internationale dans les milieux artistiques et muséaux.
« Préserver un patrimoine, c’est aussi documenter son histoire », a-t-elle souligné.
S’adressant à la jeunesse congolaise, Ytal Mwena Lumpungu a encouragé chaque citoyen à s’intéresser à l’histoire de sa famille, de sa communauté et de son peuple. Elle a également invité les décideurs publics, les universités et les institutions culturelles à soutenir une éducation valorisant les patrimoines nationaux, ainsi que les chercheurs engagés dans la documentation des cultures congolaises.
Dans cette dynamique, la princesse a annoncé la préparation d’un événement mémoriel prévu en septembre prochain à Kabinda, à l’occasion du 90ᵉ anniversaire de l’exécution de Mfumu Yakaumbu Kamanda Lumpungu. Des conférences, des expositions et des activités culturelles sont également envisagées afin de mieux faire connaître le patrimoine Songye en République démocratique du Congo et à l’international.
Ces initiatives s’inscrivent dans un contexte où la valorisation des patrimoines culturels africains gagne en importance. Ces dernières années, plusieurs institutions nationales et internationales ont intensifié leurs actions en faveur de la préservation des langues, des traditions et de la restitution du patrimoine africain. Les spécialistes de la culture estiment que la recherche, l’éducation et la transmission intergénérationnelle demeurent les principaux leviers pour assurer la sauvegarde durable de ces héritages.
« La mémoire d’un peuple est une richesse qui se transmet avant de se conserver », rappelle cette vision portée par de nombreux acteurs culturels.
Passy Kabuya