RDC-Nord-Kivu | Les agriculteurs reviennent, les terres sont aux mains des rebelles

Dans la région de Kibumba, au nord de Goma, dans la province du Nord-Kivu, les agriculteurs reviennent lentement sur leurs terres, selon Zone bourse. Mais pour beaucoup, le retour ne rime ni avec sécurité ni avec relance agricole. Sous contrôle du M23, les terres jadis cultivées sont désormais accaparées, louées ou réattribuées sans base légale, dans une zone où l’agriculture faisait vivre des milliers de familles.

À 48 ans, Ndagijimana Ntaboba est l’un de ces cultivateurs. Réfugié depuis trois ans dans le village de Kanyaruchinya après les affrontements entre les rebelles du M23 et les FARDC, il a repris le chemin de Kibumba avec sa femme et leurs huit enfants. Il y a retrouvé sa terre – mais cultivée par d’autres. Pour récupérer sa récolte, il a dû verser 600 dollars. Un sacrifice, dans une économie exsangue.

Kibumba, sur la route nationale 2, à 25 kilomètres au nord de Goma, a longtemps été considérée comme le grenier maraîcher de la région : choux, carottes, betteraves et chou-fleur y étaient cultivés à grande échelle. Mais l’instabilité persistante a vidé les champs. En 2022, plus de 60 000 personnes avaient fui les violences. Selon les chiffres du Conseil norvégien pour les réfugiés et de l’ONU, près de 59 700 personnes sont récemment revenues – souvent sans choix réel.

« Nous avons été forcés de quitter les camps. On nous a donné 48 à 72 heures pour rentrer chez nous », a confié une déplacée à Jan Egeland, secrétaire général du Conseil norvégien.

Les camps, désormais démantelés par les autorités rebelles du M23, ne laissent guère d’alternatives à ceux qui reviennent.

Le retour des déplacés révèle une autre faille : l’absence de mécanismes de médiation foncière. De nombreux agriculteurs retrouvent des champs occupés ou ravagés. Le manque d’aide humanitaire, de semences et de services de base ne fait qu’aggraver une situation décrite comme « très précaire » par les humanitaires.

L’offensive du M23, appuyée par le Rwanda, a déjà déplacé 1,2 million de personnes en 2025. À l’inverse, 1,8 million seraient revenus dans leurs localités depuis le début de l’année, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

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