
Le Sud-Kivu, jadis grenier verdoyant de l’est de la République démocratique du Congo, suffoque sous une sécheresse qui ne dit pas son nom, poussant les acteurs locaux à exiger une réponse immédiate face au tarissement des sols. Ce 17 juin, lors de la Journée mondiale contre la désertification, le cri d’alarme a retenti depuis Bukavu pour dénoncer l’exploitation forestière anarchique qui vide les terres de leur substance.
« La restauration de nos paysages est devenue une urgence vitale pour la survie de nos populations », martèle Claudine Kitumaini, figure de proue de la société civile environnementale locale.
Contrairement aux idées reçues attribuant ce manque d’eau à une simple fatalité divine, les faits scientifiques sont têtus : l’activité humaine est le principal moteur de ce chaos climatique régional. Les données de l’Université de Kinshasa, croisées avec les rapports de la Convention des Nations Unies (CNULCD), confirment que la déforestation agressive et les feux de brousse ont brisé les microclimats locaux. Comme le souligne un expert du secteur, « nous ne subissons pas seulement le climat, nous le dégradons par nos propres mains au détriment des générations futures ».

Cette agonie de la terre frappe de plein fouet la sécurité alimentaire, plongeant des milliers de foyers ruraux dans une précarité sans précédent face à la baisse des rendements. La perturbation des saisons culturales désoriente les paysans, incapables de planifier leurs récoltes, ce qui provoque une flambée des prix sur les marchés de la région. Le secrétariat technique de la COMIFAC est formel : « chaque hectare de terre fertile perdu fragilise directement l’économie et, par extension, la paix sociale au sein des communautés ».
Au cœur des tensions, les parcours pastoraux se réduisent comme peau de chagrin, forçant les éleveurs nomades à empiéter sur les terres agricoles pour trouver de l’eau. Cette rareté de l’herbe et des nappes phréatiques transforme la question écologique en un véritable défi sécuritaire entre agriculteurs et pasteurs. Un analyste des ressources naturelles prévient avec lucidité : « si nous ne respectons pas les couloirs de transhumance, la crise écologique se muera inévitablement en un conflit sécuritaire majeur ».

Pour contrer cette avancée du désert, des initiatives comme le programme Kivu Climate Action misent sur l’agroforesterie et la formation des jeunes aux techniques de justice écologique. Des campagnes de reboisement avec des essences indigènes débutent sur les collines dégradées afin de stabiliser les sols et prévenir les érosions meurtrières.
« Mettre les communautés rurales au centre du modèle de gestion est la seule clé d’un développement durable », rappelle avec conviction la direction du projet Voix de la Terre.
Cette mobilisation provinciale fait écho aux récentes promesses de Kinshasa lors de la révision du Code forestier, où le gouvernement s’est engagé à durcir les sanctions contre l’exploitation illégale du bois. Les leaders du Kivu attendent désormais que ces réformes quittent les bureaux de la capitale pour se traduire par une application stricte sur le terrain forestier. L’enjeu est de taille : transformer les discours politiques en boucliers verts concrets pour protéger ce qu’il reste du patrimoine naturel congolais.

L’avenir se dessine désormais à travers la technologie, avec l’ambition d’intégrer la cartographie numérique des sols pour mieux orienter les cultures de subsistance en temps réel. En collaboration avec le Système d’information mondial sur les sols (GloSIS), les institutions universitaires régionales entendent surveiller chaque zone à risque pour anticiper les famines. L’objectif final est de présenter ce modèle de résilience communautaire à la prochaine Conférence des Nations Unies sur le climat, prouvant que le Sud-Kivu refuse de devenir un désert.
Willy Ulengu Samuanda