
La situation sécuritaire à l’Est de la République Démocratique du Congo continue de se dégrader, et les États-Unis ne cachent plus leur inquiétude. Mercredi 19 février, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, Dorothy Camille Shea, représentante adjointe des États-Unis, a lancé un appel clair et net : il faut stopper immédiatement l’achat des minerais issus des zones contrôlées par le M23.
Selon Washington, la résurgence du M23, soutenue par le Rwanda, a entraîné une augmentation inquiétante du trafic illégal des ressources naturelles. Des minerais de grande valeur, extraits dans des zones en conflit, sont exportés clandestinement, via certains pays voisins. Pour les États-Unis, cette situation ne peut plus durer.
« Ce conflit a aggravé l’exploitation illégale des minerais à l’Est de la RDC. Beaucoup de ces minerais sont vendus sur le marché international, alimentant ainsi un commerce illégal qui profite aux groupes armés », a déclaré la diplomate américaine.
Face à cette menace, Kinshasa a déjà pris des mesures. Le ministre des Mines, Kizito Pakabombe, a signé un arrêté le 12 février 2025, classant certains sites miniers des territoires de Masisi (Nord-Kivu) et Kalehe (Sud-Kivu) en « zones rouges ». Concrètement, cela signifie que l’exploitation et le commerce de ces minerais sont désormais interdits.
Cette décision repose sur deux constats majeurs : d’abord, ces mines sont sous le contrôle d’acteurs illégaux, notamment des groupes armés et l’armée d’un pays voisin. Ensuite, les revenus générés par ces exploitations servent directement à financer la guerre et l’occupation de certaines régions congolaises.
Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts de l’ONU a mis en lumière le soutien militaire et logistique qu’un État membre de la CIRGL apporte aux forces négatives opérant à l’Est du Congo. Parmi les territoires concernés, Masisi et Rutshuru sont particulièrement stratégiques : le M23 y a mis la main sur la production de coltan, un minerai clé pour l’industrie technologique mondiale.
D’après Bintou Keita, cheffe de la MONUSCO, le commerce du coltan issu de la région de Rubaya génère environ 300 000 dollars par mois pour le M23. De quoi financer largement leur guerre contre l’armée congolaise et asseoir leur domination sur ces territoires.
Si les États-Unis haussent le ton, c’est aussi pour encourager Kinshasa à mieux gérer ses ressources naturelles. Selon Bintou Keita, il est impératif de renforcer la transparence et la traçabilité des minerais congolais. Le gouvernement doit aussi investir dans la transformation locale des matières premières pour éviter que ces richesses ne tombent entre de mauvaises mains.