
Le gouvernement a réagi, mardi 24 mars, aux propos de l’ancien président Joseph Kabila, qui évoque une possible « soudanisation » de la République démocratique du Congo dans le contexte sécuritaire actuel à l’Est du pays. Une sortie que l’exécutif qualifie de « stratégie de manipulation », sur fond d’agression rwandaise et d’occupation persistante de plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par la rébellion AFC/M23.
Intervenant en marge de la conférence des gouverneurs organisée au Bandundu, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a pris ses distances avec ces déclarations, tout en appelant à la vigilance dans leur diffusion.
« Il n’appartient pas au gouvernement de réagir (…) surtout que ce sont des déclarations qui ne sont pas nouvelles », a-t-il déclaré, évoquant des « actes » déjà observés sur le terrain.
Le ministre a également mis en cause le calendrier et le lieu de cette communication, y voyant une forme de revendication politique.
« Le choix des dates n’est pas non plus un choix anodin. On choisit de faire la communication le 23 mars, on est à Goma, c’est comme une revendication des actes qui sont posés », a-t-il insisté.
Il a aussi appelé les Congolais à ne pas relayer ce qu’il considère comme un narratif construit.
« Je veux interdire à tous les Congolais, patriotiquement Congolais, de répéter ces mots-là, parce que c’est aussi une stratégie de manipulation », a-t-il poursuivi.
Dans un contexte dominé par la tenue de la conférence des gouverneurs, en présence du président Félix Tshisekedi, des exécutifs provinciaux et des institutions nationales, Patrick Muyaya a opposé à ces critiques le bilan des actions engagées par le gouvernement, notamment en matière d’infrastructures et de gouvernance territoriale.
« Nous nous affairons à l’essentiel qui n’a pas pu être fait depuis autant d’années », a-t-il affirmé.
Et il a conclu par une formule sans détour :
« Les chiens aboient, la caravane passe. »
Le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a pour sa part insisté sur la continuité de l’État et l’inclusivité institutionnelle, malgré les zones sous occupation.
« Nous sommes une nation, 26 provinces (…) Les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri sont membres effectifs et participent à la conférence », a-t-il souligné, rappelant que les politiques publiques adoptées s’appliquent à l’ensemble du territoire national.
Reconnaissant néanmoins la réalité de l’occupation de certaines portions du territoire, il a distingué cette situation des orientations stratégiques de l’État.
« Nous sommes conscients que certaines portions de nos territoires (…) font l’objet aujourd’hui d’agression (…) mais cela n’empêche pas que nous réfléchissons Congo un et uni », a-t-il déclaré, réaffirmant la priorité donnée à la restauration de l’autorité de l’État.
« Le Congo ne fera jamais l’objet des expériences heureuses ou malheureuses du Soudan ou d’autres pays », a-t-il poursuivi, évoquant l’héritage des pères de l’indépendance et la volonté de préserver l’intégrité territoriale.
Il a assuré que les populations des zones affectées bénéficieront des politiques publiques dès le rétablissement complet de l’autorité étatique.
RÉDACTION