
Le quartier Ngadi, dans le territoire de Beni, a été le théâtre d’une nouvelle incursion sanglante des rebelles ADF ce dimanche 31 mai 2026. Parmi les sept victimes, cinq appartiennent à la communauté pygmée, une minorité déjà fragilisée qui dénonce aujourd’hui une double persécution : celle des armes et celle d’une justice qu’elle juge arbitraire.
L’horreur a une nouvelle fois frappé la commune de Ruwenzori. Ce 31 mai, le bilan provisoire fait état de sept vies fauchées, dont cinq membres de la communauté autochtone pygmée, ciblés dans leurs campements par les terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF). « Ces communautés, gardiennes millénaires de nos forêts, sont décimées dans une indifférence qui frise la complicité », s’indigne Guylain Mbale Mola, coordonnateur du REPALEF. Cette attaque sanglante vient confirmer une sinistre tendance : depuis le début de l’année 2026, les rebelles semblent avoir fait des populations les plus vulnérables leurs cibles de prédilection lors de leurs replis stratégiques.
Cependant, pour les représentants des peuples autochtones, le danger ne vient pas seulement de la forêt. À la menace sécuritaire s’ajoute un harcèlement judiciaire croissant. Plusieurs membres de la communauté sont actuellement sous les verrous, victimes d’arrestations qualifiées d’arbitraires par les organisations de défense des droits humains. Sous couvert de lutte contre la « destruction de la nature », ces arrestations masqueraient en réalité des conflits fonciers profonds. « On emprisonne des pères de famille sans mandat, les privant de tout accès à une défense équitable », souligne un rapport de la société civile, dénonçant une instrumentalisation de la loi à l’encontre de ceux qui n’ont que leur voix pour se défendre.
L’urgence est désormais de transformer les promesses législatives en boucliers concrets. Si la loi n°22/030 de juillet 2022 consacre la protection des peuples autochtones en RDC, son application sur le terrain reste, à ce jour, une chimère. Le plaidoyer adressé aux plus hautes autorités du pays est sans équivoque : « La protection de cette minorité ne peut plus se contenter de discours ; elle nécessite une présence militaire accrue dans les zones de concentration comme la chefferie de Bambuba-Kisiki. » L’heure n’est plus à l’observation, mais à l’action pour stopper ce que les leaders locaux n’hésitent plus à qualifier d’extermination silencieuse.
Cette tragédie de Ngadi n’est malheureusement que le dernier maillon d’une chaîne de violences entamée en janvier dernier à Mayi-moya, où une femme enceinte avait péri, et poursuivie en avril à Kumungu. Ces précédents illustrent une faillite sécuritaire chronique dans le secteur de Beni-Mbau. Pour l’avenir, la survie de ces communautés dépendra de la capacité du gouvernement à diligenter des enquêtes indépendantes et à ordonner la libération immédiate des détenus sans dossier. Sans un dialogue inclusif et une sécurisation réelle des terres ancestrales, le patrimoine humain de la RDC risque de perdre l’un de ses piliers les plus précieux.
Willy Ulengu Samuanda