Douala | Les pays d’Afrique centrale veulent renforcer leur front commun pour mieux défendre leurs forêts

La gouvernance des forêts du bassin du Congo reste au cœur des discussions entre les pays d’Afrique centrale. Réunis à Douala, au Cameroun, les experts et représentants des États membres de la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC) entendent renforcer leur coordination face à la déforestation, au changement climatique et aux nouvelles exigences internationales qui pèsent sur le secteur forestier.

Selon les informations communiquées sur la réunion des 10 et 11 août 2026, la 13ᵉ session du Groupe de travail sur la gouvernance forestière (GTGF) devait déboucher sur une feuille de route couvrant la période 2026-2027. L’objectif affiché est de mieux coordonner les positions des pays du bassin du Congo et de renforcer leur présence dans les négociations internationales. « La gouvernance forestière doit rester une priorité dans la révision du Plan de convergence de la COMIFAC », rapporte le document transmis.

Le Burundi, le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, São Tomé-et-Príncipe et le Tchad figurent parmi les pays cités comme participants à cette dynamique régionale. Leur enjeu est commun : faire de la coopération forestière un véritable instrument de protection des écosystèmes, mais aussi de défense des intérêts économiques et sociaux des populations qui dépendent directement des ressources naturelles.

Le GTGF n’est pas une nouvelle structure. La COMIFAC le présente comme une plateforme de réflexion et d’échanges destinée à examiner les grandes questions de gouvernance forestière en Afrique centrale. Sa mission consiste notamment à accompagner les États dans l’évolution de leurs politiques, de leurs législations et de leurs instruments institutionnels. « Le groupe doit fournir des outils d’aide à la décision et favoriser le partage d’expériences », rappelle la COMIFAC.

Cette mission prend une importance particulière alors que les forêts du bassin du Congo sont confrontées à plusieurs pressions simultanées. Déforestation, exploitation illégale du bois, perte de biodiversité, changement climatique et difficultés de financement imposent aux États de dépasser les réponses isolées. À l’échelle internationale, les règles commerciales et environnementales deviennent également plus exigeantes, notamment autour de la traçabilité et de la lutte contre les produits associés à la déforestation.

Les discussions annoncées à Douala mettent ainsi l’accent sur la participation des représentants nationaux aux grandes rencontres internationales consacrées aux forêts. L’ambition est de mieux faire remonter les données produites dans chaque pays et de construire des positions régionales plus cohérentes. « Une voix régionale plus structurée peut donner davantage de poids au plaidoyer de l’Afrique centrale », résume l’esprit de cette démarche.

La pêche, l’aquaculture et la biodiversité marine, côtière et faunique devraient également être davantage intégrées dans cette approche. Cette orientation traduit une évolution du débat : la gouvernance forestière ne peut plus être traitée séparément des autres écosystèmes. Les forêts, les cours d’eau, les zones humides et la faune forment un ensemble dont la protection nécessite des politiques coordonnées.

La mobilisation des financements constitue un autre défi majeur. Les États de la sous-région souhaitent renforcer leur diplomatie environnementale et travailler avec les organisations régionales afin d’attirer davantage de ressources destinées à la conservation et à la gestion durable des ressources naturelles. « Sans financements prévisibles, les engagements environnementaux risquent de rester difficiles à traduire sur le terrain », souligne la logique des discussions régionales.

La coopération avec la FAO demeure également un axe important. Le partenariat entre cette organisation et la COMIFAC a déjà accompagné plusieurs travaux consacrés à la gouvernance forestière et à la participation des pays d’Afrique centrale aux processus internationaux. L’objectif est notamment de renforcer les capacités nationales et de disposer de données suffisamment solides pour alimenter les décisions régionales.

Ce nouveau rendez-vous de Douala s’inscrit dans une histoire déjà bien établie. En février 2024, la 12ᵉ réunion du GTGF avait déjà réuni à Douala des responsables forestiers, des points focaux du Forum des Nations unies sur les forêts ainsi que plusieurs partenaires internationaux. Les participants avaient notamment travaillé sur les implications du règlement européen contre la déforestation et sur les questions liées au commerce du bois.

Deux ans plus tôt, en mars 2022, une autre rencontre du GTGF s’était également tenue à Douala pour préparer la participation des pays de la COMIFAC au Congrès forestier mondial et au Forum des Nations unies sur les forêts. Les documents de la COMIFAC montrent que le groupe cherche depuis plusieurs années à harmoniser les positions des États et à améliorer leur participation aux grands rendez-vous internationaux.

L’enjeu de la nouvelle feuille de route, si son adoption est confirmée par un communiqué officiel, sera donc moins de multiplier les engagements que de mesurer leur mise en œuvre. La présence effective des délégués aux rencontres internationales, la circulation des données nationales, le suivi des recommandations et la mobilisation des financements constitueront des indicateurs importants.

Pour le bassin du Congo, la prochaine étape sera surtout celle de l’application. Les États devront transformer les positions communes en décisions nationales, renforcer le contrôle de l’exploitation forestière et améliorer la participation des communautés locales et autochtones à la gestion des ressources. La crédibilité de la coopération régionale se jouera désormais sur les résultats obtenus sur le terrain, plus que sur le nombre de déclarations adoptées.

 

               Willy Ulengu Samuanda

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