RDC | bataille contre les constructions anarchiques se poursuit à Kinshasa 

À Kalamu, la lutte contre l’occupation anarchique de l’espace public prend une nouvelle ampleur. Après plusieurs opérations menées sur différents axes de la capitale, les autorités provinciales ont poursuivi, lundi 10 août 2026, la démolition de constructions et installations présentées comme occupant illégalement les emprises publiques sur l’avenue Kapela, dans la commune de Kalamu. L’opération intervient alors que l’Hôtel de Ville veut accélérer le désengorgement des grandes artères et améliorer les conditions de circulation et de salubrité dans la capitale.

Les autorités provinciales présentent cette campagne comme un volet de l’opération « Bala bala eza Wenze te », autrement dit « la rue n’est pas un marché ». L’objectif affiché est de libérer les espaces réservés à la circulation et aux infrastructures publiques, mais aussi de mettre fin à certaines occupations qui compliquent l’évacuation des eaux, l’entretien des voies et la circulation des véhicules et des piétons.

Sur l’avenue Kapela, plusieurs installations ont ainsi été ciblées. Selon les autorités, les constructions concernées auraient été implantées sur des espaces publics ou sans respect des normes urbanistiques. Le ministère provincial de l’Environnement, de la Propreté publique et de l’Embellissement défend une opération destinée à restaurer progressivement l’ordre urbain.

Cette offensive n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs mois, le gouvernement provincial mène des opérations similaires dans plusieurs quartiers. À Pakadjuma, par exemple, les démolitions de constructions installées sur l’emprise ferroviaire avaient été présentées comme une mesure visant à restaurer la sécurité, la salubrité et la tranquillité publiques. Dans certains cas, les autorités ont également annoncé des mécanismes de relogement pour les personnes déguerpies.

Le problème dépasse cependant la seule question de l’esthétique urbaine. À Kinshasa, l’occupation des emprises publiques peut avoir des conséquences environnementales concrètes. Des bâtiments, commerces ou déchets installés à proximité des caniveaux et des cours d’eau peuvent réduire les espaces disponibles pour l’écoulement des eaux. En octobre 2025, le ministère provincial des Infrastructures et Travaux publics avait notamment établi un lien entre des constructions installées le long de la rivière Funa et la réduction de la capacité d’écoulement de certains tronçons, dans un contexte marqué par les inondations.

La question des déchets est également au cœur de cette bataille urbaine. Depuis juillet, les jeunes du Service national, mobilisés dans le cadre des opérations d’assainissement de Kinshasa, interviennent sur plusieurs axes pour dégager les emprises publiques, curer les caniveaux et évacuer les immondices. Cette mobilisation s’inscrit dans une stratégie plus large coordonnée au niveau national pour améliorer durablement la salubrité de la capitale.

Mais derrière chaque mur détruit, il y a aussi une réalité sociale. Les occupants concernés ne sont pas seulement des « constructions anarchiques » sur une carte d’urbanisme. Ce sont des familles, des commerçants et parfois des personnes qui ont investi leurs économies dans un logement ou une activité. C’est pourquoi la question de la légalité des occupations doit aller de pair avec celle des procédures de déguerpissement, de l’information préalable, de l’identification des personnes concernées et, lorsque la loi le prévoit, des mécanismes d’indemnisation ou de relogement.

L’Hôtel de Ville affirme que les opérations sont conduites dans le respect des procédures et soutient que les personnes concernées ne sont pas abandonnées. Cette position mérite toutefois d’être documentée au cas par cas, notamment pour vérifier les conditions concrètes dans lesquelles les ménages et les petits commerçants affectés sont accompagnés.

Car le véritable test de cette campagne ne sera pas seulement de savoir combien de maisons, terrasses ou étals auront disparu. Il sera de savoir ce que deviendront les espaces libérés dans les mois qui suivront. Une emprise publique dégagée mais rapidement réoccupée ne constituerait qu’une victoire provisoire.

L’enjeu est donc celui d’une politique urbaine durable. Il faut empêcher les nouvelles occupations, mais aussi proposer des espaces adaptés aux activités commerciales, améliorer la gestion des déchets, protéger les caniveaux et les cours d’eau, renforcer le contrôle des permis de construire et rendre l’aménagement urbain plus lisible pour les habitants.

Kinshasa est une métropole en pleine croissance, confrontée à une pression démographique, foncière et environnementale considérable. Restaurer les espaces publics peut contribuer à rendre la ville plus sûre et plus respirable. Mais cette transformation ne pourra s’inscrire dans la durée que si elle associe fermeté administrative, transparence des procédures, solutions sociales et véritable planification urbaine.

La campagne engagée par les autorités provinciales pose donc une question plus profonde que celle de la démolition : quelle ville Kinshasa veut-elle devenir, et quelle place compte-t-elle laisser à ceux qui l’habitent ?

Willy Ulengu Samuanda

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