
En poste depuis tout juste trois mois, le général-major Evariste Kakule Somo dresse son premier bilan à la tête d’une province en guerre. À Beni, nouveau chef-lieu temporaire du Nord-Kivu, sa porte-parole l’affirme : malgré l’absence de rétrocession, les chantiers avancent. Mais le M23, lui, avance aussi. Pendant ce temps, à Kinshasa, le Président Félix Tshisekedi, par sa bonne foi, ne ménage aucun effort pour ramener la paix dans l’Est.
Le Nord-Kivu, c’est un champ de bataille avant d’être une province. Et à sa tête depuis le 31 janvier, le général Evariste Kakule Somo le sait mieux que quiconque. Il a troqué les lambris du gouvernorat de Goma contre le béton fissuré de la mairie de Beni, à plus de 250 kilomètres plus au nord. Un choix stratégique, imposé par la guerre : le M23 et ses soutiens rwandais occupent, au mépris des règles internationales, la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu.


C’est depuis la ville-retraite de Béni que sa porte-parole, Prisca Kamala Luanda, a déroulé ce samedi 10 mai un bilan qu’elle dit « positif ». Travaux de réhabilitation des routes dans les territoires de Beni, Lubero et Walikale, équipements remis à la Police et aux FARDC, et même la relance du centre d’instruction militaire de Nyaleke. Sans oublier les douze kits internet offerts aux militaires de Walikale. En creux : la tentative d’une reprise en main.
Mais le contexte, lui, reste brutal. Malgré la prise de fonction de Kakule Somo, le M23/AFC a conquis quatre territoires supplémentaires. Il conquiert petit à petit l’ensemble du Sud-Kivu. Et Goma, bien que promise comme résidence future du gouverneur, reste hors de portée. À défaut de rétablir l’autorité de l’État, il faut l’afficher. Sur le terrain diplomatique, le gouverneur-général a reçu les ambassadeurs de l’Union européenne, de la Belgique, de l’Ouganda. La MONUSCO, elle, a déplacé son QG à Beni.

Ce n’est pas rien. Et la société civile locale le reconnaît. Junior Mbakulirahi, coordinateur par intérim, parle d’un bilan « remarquable » – avant de rappeler les lignes rouges : l’activisme des groupes armés, l’impossible retour des déplacés, les villages à l’abandon.
« Il faut aller plus loin », implore-t-il.
En janvier, lors de sa prise de fonction, Kakule Somo avait promis de « reconquérir et restaurer l’autorité de l’État ». Il avait salué son prédécesseur, mort au front. Il avait rendu hommage aux civils et aux wazalendo tombés sous les balles. Trois mois plus tard, le terrain se dérobe encore, mais l’homme s’accroche. Avec des blindés, quelques routes en chantier, et beaucoup de volonté.