
La République démocratique du Congo passe de la promesse diplomatique à la réalité du terrain avec le déploiement d’une enveloppe de 20 millions de dollars issue de l’initiative CAFI, destinée à rémunérer directement les gardiens de la forêt.
Tosi Mpanu Mpanu, conseiller principal du Chef de l’État en matière d’environnement, insiste sur une rupture stratégique majeure : l’aide internationale ne doit plus être une perfusion déconnectée, mais un moteur aligné sur les réformes foncières et agricoles nationales.
« Aligner l’aide internationale sur nos priorités souveraines est la seule voie pour que la conservation devienne un levier de croissance et non une punition économique », martèle-t-on au secrétariat permanent du FONAREDD, soulignant que l’interdiction d’exploiter la forêt sans alternative survie est une équation vouée à l’échec.
Le cœur de cette petite révolution repose sur les Paiements pour Services Environnementaux (PSE), un mécanisme où l’argent est versé uniquement après preuve de résultats concrets. Grâce à une surveillance par imagerie satellite à haute résolution et la plateforme numérique CAFI-PSE, chaque hectare préservé et chaque incendie maîtrisé sont vérifiés en temps réel avant tout virement.

« La technologie nous permet de contractualiser directement avec le paysan, brisant ainsi la chaîne des intermédiaires pour que la forêt vivante rapporte enfin plus que la forêt coupée », explique un responsable technique du projet.
Cette approche court-circuite la bureaucratie pour placer la responsabilité et la récompense entre les mains des communautés locales, premières sentinelles du bassin du Congo.
Ce financement est la première matérialisation concrète des 1,5 milliard de dollars promis lors de la COP26 à Glasgow, des fonds qui, jusqu’ici, semblaient s’évaporer dans les couloirs des grandes institutions internationales. En sécurisant les droits fonciers des peuples autochtones, la RDC stabilise son couvert forestier tout en préparant l’étape suivante : la création d’un marché de crédits carbone souverains. À terme, l’objectif est de transformer ce modèle pilote en une autonomie financière durable, permettant au pays de ne plus dépendre de l’aide, mais de vendre sa capacité de séquestration de carbone au prix fort.

« Nous ne protégeons pas seulement des arbres, nous construisons une économie où la nature est un capital certifié et rentable », conclut-on dans les cercles décisionnels de Kinshasa.
Willy Ulengu Samuanda